A la croisée des chemins des ambiances … et du Paléolithique Supérieur
At the crossroads of the ambiances … and the Upper Paleolithic
 
18/05/2011
Edito n°43
Anne Bertrand-Callède
• Docteur en Anthropologie-Ethnologie-Préhistoire
• PhD Anthropology – Ethnology - Prehistory
Plusieurs mois de travail se sont écoulés au cœur du Cerma, à la découverte du monde des ambiances architecturales et urbaines, qu’elles soient classées « ambiance lumineuse », « ambiance sonore », « ambiance thermique », « ambiance visuelle »…

En tant que préhistorienne, avec pour période de prédilection le Paléolithique Supérieur, ce domaine de recherche me paraissait bien éloigné de celui des hommes préhistoriques, et associer cette époque à la notion d’ambiance architecturale me semblait peu scientifique.

En effet, la notion d’ambiance architecturale se base essentiellement sur la perception sensible de l’environnement construit et du confort et la recherche des ces ambiances se fonde sur l’étude des phénomènes physiques tels que la lumière, la chaleur, l’humidité, le vent, le soleil, l’obscurité, sur la perception visuelle de l’environnement, de l’espace qui nous entoure.

Or peut-on parler d’environnement construit au Paléolithique Supérieur alors que l’homme fait partie intégrante de son environnement naturel qu’il n’a pas encore transformé, qu’il n’a pas encore réellement construit ?

Au Paléolithique Supérieur, période datée de 35 000 ans à 9000 ans avant JC, plusieurs cultures se succèdent. Les hommes vivent essentiellement de chasse, de pêche et de cueillette et tous vivent bien, en petits groupes : ce sont des nomades dont les déplacements sont essentiellement ceux de leur gibier. Le feu est maîtrisé depuis des millénaires, ils enterrent leurs morts, les premières sépultures datant de 80 000 ans avant JC. Tous ont pratiqué l’art, qu’il soit mobilier (sur objet), sur les parois dans les profondeurs des grottes, dans des abris sous roche ou encore en plein air. Ces hommes acquièrent au cours du Paléolithique Supérieur une qualité de vie beaucoup plus évoluée que l’homme contemporain ne l’imagine.

Au niveau de l’habitat, selon la région où il se situe, l’homme du Paléolithique Supérieur vit soit sous tente, lorsqu’il est en plaine, soit dans des abris sous-roche présents au pied des falaises, soit à l’entrée des grottes, parfois dans des cabanes construites à l’aide de défenses et d’os de mammouth comme c’est le cas en Moravie, en Russie et en Ukraine. Nous pourrions parler pour ces dernières de premières architectures, il est plus délicat de la faire pour les tentes.
L’image de l’homme préhistorique vivant au fin fond des cavernes est globalement fausse, nous n’en connaissons que de rares exemples.

De façon certaine, en ce qui concerne l’habitat, le choix des campements n’est pas indifférent à l’exposition par rapport au soleil, à sa chaleur et à sa lumière, par rapport au vent, au froid qu’il peut apporter … De plus, il est vraisemblable que ces mêmes phénomènes avaient leurs rôles dans l’aménagement intérieur de l’habitat.

Les grottes ornées sont un domaine beaucoup plus délicat à aborder, même si des phénomènes telle que la lumière, les ombres y ont eu leur importance, au niveau de la perception visuelle. Il est certain que la lumière – artificielle – dont disposait l’homme préhistorique participait à l’animation des figurations pariétales et, d’une façon générale, à l’ambiance mystérieuse des profondeurs des grottes. Nous découvrons aujourd’hui les peintures, les gravures et les sculptures de ces grottes dans un contexte bien distinct de celui des hommes préhistoriques, avec un éclairage très différent...

Les questions relatives au rôle de la lumière, de la chaleur, du vent, de leur importance dans l’habitat préhistorique, dans le monde souterrain des grottes ornées ont bien lieu d’être posées.

Cependant, beaucoup de données nous sont inconnues et qu’il est difficile d’évaluer.
Les hommes préhistoriques connaissaient donc le feu. La lumière - en dehors de celle naturelle -, la chaleur étaient apportées dans les habitats par les foyers, que nous retrouvons lors des fouilles. Ils réalisaient également des lampes à graisse dont ils se servaient pour aller dans les zones obscures des cavernes, ainsi que de torches comme nous le montre les traces de mouchage sur les parois. Mais comment mesurer l’importance et le rendu de ces sources d’éclairage ? Si, grâce à l’expérimentation, la puissance lumineuse d’une lampe à graisse nous est connue, nous ignorons leur nombre, leur emplacement.

De même, l’importance du soleil ou de la lumière naturelle dans les abris sous roche ou à l’entrée des grottes est souvent impossible à estimer car l’auvent des abris s’est en partie effondré ainsi que le porche de l’entrée des grottes… lorsque cette dernière est bien celle de l’homme préhistorique.

Suite à ce très bref résumé de la vie au Paléolithique Supérieur, il est facile de percevoir que les phénomènes physiques à la base de la recherche scientifique des ambiances – la lumière, la chaleur, l’humidité, le vent, le soleil, l’obscurité – ont un rôle majeur chez l’homme préhistorique. Il est certain qu’il recherchait déjà un certain confort dans son habitat, que la perception visuelle dans les grottes ornées avait son importance… Mais peut-on franchir le pas et parler d’ambiance au Paléolithique Supérieur alors que l’homme préhistorique n’a pas encore construit son environnement ?

En tant que préhistorienne, je me pose la question, pourquoi faut il que la notion d’ambiance soit liée à un espace construit ? Il est difficile de ne pas parler d’ambiance lorsque nous sommes au cœur d’une grotte ornée obscure, ou dans un abri sous roche ou à l’entrée d’une grotte anciennement habitée lorsque le soleil y pénètre…
  I have worked several months in the Cerma, and I have discovered the world of the architectural and urban ambiances, “lighting ambiance”, “sound ambiance”, “thermic ambiance”, “visual ambiance”…

As Prehistorian, with the period preferred the Upper Paleolithic, this research seemed far removed from that of prehistoric man, and associate this time with the concept of architectural ambiance seemed unscientific.

Indeed, the notion of architectural ambiance is mainly based on sensitive perception of the built environment and the comfort and research of these ambiances is based on the study of physical phenomena such as light, heat, humidity, wind, sun, darkness on the visual perception of the environment, space around us.

Now can we talk about environment built in Upper Paleolithic while human is an integral part of its natural environment that he has not changed and not really built?

At the Upper Paleolithic, a period dating from 35,000 years to 9000 BC, several cultures succeed. The men live mainly by hunting, fishing and gathering and all are living well in small groups: they are nomads whose movements are essentially those of their game. The fire is under control for centuries, they bury their dead, the first burials dating from 80,000 years BC. All have practiced the art, whether portable (on object), on the walls in deep caves, in rock shelters or outdoors. These men acquired during the Upper Paleolithic quality of life much more advanced than people today realize.

In terms of habitat, depending on where it is located, Upper Paleolithic human lives either in tents, while it is plain, or in rock shelters at the foot of the cliffs, or the entrance to the caves, sometimes in dwellings built with tusks and bones of mammoth, as is the case in Moravia, Russia and Ukraine. We could talk for the last of the first architecture, it is more difficult to do for tents.
The image of prehistoric man living in the deep caverns is generally false, we know only a few examples.

With certainty, as regards habitat, the choice of settlements is not indifferent to exposure to the sun, its warmth and its light, to the wind, cold can make it ... Furthermore, it is likely that these phenomena had their roles in the interior of the habitat.

The caves painting are much more difficult to study, although such phenomena as light, the shadows have been important at the level of visual perception. It is certain that the light - artificial - available to the prehistoric man was involved in the animation of the parietal figures, and generally, to the mysterious atmosphere of depths of caves. Now we find paintings, carvings and sculptures of these caves in a context separate from that of prehistoric man, with a very different light...

Questions concerning the role of light, heat, wind, their importance in the prehistoric settlement, in the underground world of caves paintings have reason to be asked.

However, many data are unknown and it is difficult to assess. Prehistoric men knew then fire. Light - beyond its natural - heat were made in dwellings at the household level that we find during the excavations. They also realized grease lamps which they used to go into dark areas of caves and torches as we watch the traces of trimming on the walls. But how to measure the importance and rendering of light sources ? If, through experimentation, the output of a lamp fat is known to us, we do not know their number, location.

Similarly, the importance of the sun or natural light in the rock shelters or caves entrance is often impossible to estimate because the canopy shelters and the entrance porch of caves have partly collapsed ...when the latter is that of prehistoric man.

Following this very brief summary of life in Upper Paleolithic, it is easy to perceive that the physical phenomena at the base of scientific research ambiances - light, heat, humidity, wind, sun, the darkness - have a major role in human prehistory. Certainly he was looking for quite some comfort in its habitat, that visual perception in the caves paintings was an important ... But can we go ahead and talk to the ambiance in Upper Paleolithic while prehistoric man does has not yet built his environment?

As Prehistorian I ask myself, why the concept of ambiances is related to built spaces ? It is difficult not to speak of ambiance when we are at the heart of a cave decorated with dark, or in a rock shelter or at the entrance of a cave where prehistoric man lived when the sun enters...


REFERENCE
Desbrosse René et Kozlowski Janusz, Les habitats préhistoriques. Des Australopithèques aux premiers agriculteurs, Paris, éditions du CTHS, 2001, 220 p.
 
Référence électronique
Bertrand-Callède, Anne. A la croisée des chemins des ambiances … et du Paléolithique Supérieur = At the crossroads of the ambiances … and the Upper Paleolithic. Ambiances.net, Edito n°43, 2011/05/18. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/263-a-la-croisee-des-chemins-des-ambiances--et-du-paleolithique-superieur (Consulté le 18/05/2012).