Les ambiances au pied du mur : une expérience pédagogique autour des ambiances architecturales

Containing ambiance: an educational experiment in architectural ambiances
 
25/04/2009
Edito n°13
Catherine Aventin
architecte, maître-assistante à l’ENSA de Toulouse et chercheur au Cresson
• architecte, assistante- professor, ENSA Toulouse, researcher at Cresson
Magali Paris
ingénieur paysagiste, doctorante au laboratoire Cresson
• landscape engineer, PhD candidate at Cresson

A l’Ecole d’Architecture de Toulouse, 3 enseignants (C. Aventin, I. Fortuné, L. Floissac) et leurs invités (A. Chatelet, M. Paris et M. Risse) prennent le biais de la « paroi » comme élément d’ambiance, en la déclinant d’un point de vue technique, esthétique, sensoriel, économique, sanitaire et usager.

/// At the School of Architecture in Toulouse, 3 lecturers (C. Aventin, I. Fortuné and L. Floissac) and their guests (A. Chatelet, M. Paris and M. Risse) take the “wall” as a component in ambiance, defining it from a technical, aesthetic, sensorial, economic, health and user point of view.


 
Depuis fin février 2009, une option de master en école d’architecture, proposant de décortiquer les parois d’un point de vue technique et sensible, est l’occasion d’explorer leurs rôles configurateurs. Comment donnent-elles forme à l’espace et sens au lieu ?  Comment interagissons-nous avec elles ? Comment les percevons-nous et quelles significations leur faisons-nous porter ? Répondre à ces questions, c’est, en quelque sorte, une façon de mettre les ambiances au pied du mur !
Le concept d’ambiance [1], à la croisée de l’architecture et des sciences humaines, est ainsi mis à l’épreuve d’un dispositif apparemment simple à cerner. Apparemment seulement, car la paroi a de multiples visages et elle interagit d’une façon complexe et riche avec les ambiances.
À première vue, la paroi peut être définie comme la limite d’un territoire, un élément physique figurant une séparation, matérialisant une frontière. La paroi peut démarquer l’intérieur de l’extérieur, l’espace privé de l’espace public, la ville de la campagne. Ce n’est pas qu’une limite, elle peut aussi mettre en dialogue les deux espaces qu’elle sépare. Par exemple, dans la maison japonaise traditionnelle, des parois coulissantes translucides séparent l’intérieur de l’extérieur et les différents espaces intérieurs entre eux. Selon son épaisseur, sa forme, sa (dis)position, la paroi peut être accueillante, se faire muraille ou même chemin de ronde, elle peut enfermer, soutenir, offrir un seuil ou dégager un passage.
  Since the end of February 2009, one of the options in the Master’s curriculum at the School of Architecture gives students a chance to “break down” walls from a technical and sensory point of view and explore their roles in configuring space. How do they shape the space and the senses in that location?  How do we interact with them?  How do we perceive them and what meanings do we ascribe to them? Answering these questions is, you might say, one way of “containing” ambiance!

The concept of ambiance [1], a notion based on architecture and human sciences, is tested using a device that is apparently simple to define but appearances can be deceptive because there are several sides to a wall and it interacts with ambiances in a rich, complex manner.
At first sight, a wall can be defined as a means of limiting a territory, as a physical element marking a separation or formally expressing a boundary. A wall can separate the interior from the exterior, private space from public space, town from country. Yet it is more than just a limit; it can also introduce dialogue between the two spaces it separates. For example, in a traditional Japanese house, translucent sliding walls separate the interior from the exterior and divide up the various areas inside the dwelling. Depending on its thickness, form and layout or position, the wall can be welcoming or become a rampart, even a parapet walkway. It can enclose, support, provide a threshold or create a passageway.
A l'écoute des matériaux, une expérience inouïe en compagnie de M. Risse à l'ENSA de Toulouse. Listening to materials, an unusual experience with Mr. Risse at ENSA (College of Applied Sciences) in Toulouse.Caixa Forum Madrid, le bâtiment de Herzog et de Meuron dialogue avec la façade végétale de P. Blanc. Caixa Forum Madrid, the building designed by Herzog and Meuron converses with P. Blanc’s plant wallMur végétal substrat sphaigne de la cave viticole Tropez à Gassin (83). A plant wall on a sphagnum moss substrate at the Tropez winery in Gassin (Var).Les murs à pêchers de Montreuil (93) autrefois utilisés pour accélérer le mûrissement, aujourd'hui considérés comme des éléments patrimoniaux. The walls were once used to mature the trees more quickly and are now considered as heritage constructions.


La paroi est éminemment sensible car nous la percevons avec nos sens et elle les stimule en retour. La paroi peut être tableau à contempler, parfum à humer, musique à écouter [2], elle peut même être vivante lorsqu’elle se fait végétale. La paroi nous tient chaud – c’est le cas d’un mur trombe [3] -, elle peut aussi nous donner froid. Elle nous protège lorsqu’elle se fait brise-soleil mais peut aussi nous apporter de la lumière. Elle nous préserve des regards et du vent, comme le fameux mur de la villa Malaparte derrière lequel, dans le film « Le mépris » (1963) de J-L. Godard, Brigitte Bardot prend un bain de soleil, à l’abri du vent et des regards. En arpentant bâtiments et espaces urbains quotidiens, nous nous tenons à distance des parois, souvent nous les longeons, parfois nous les frôlons ou encore nous y prenons appui.
En tant que concepteurs, demandons-nous : quel rôle doit-on faire jouer à la paroi sensible ? Doit-elle mettre ses usagers au pied du mur en les assignant au rôle de contemplateurs ? Doit-elle être présomptueuse ? Ou au contraire doit-elle être rassurante, doit-elle protéger, envelopper, servir d’appui à ses usagers pour leur permettre de construire leur quotidien ?  Loin de répondre à ces questions, cette expérience apporte de premiers éléments de définition de la paroi sensible à travers quelques-uns de ses visages. De nombreuses pistes restent à explorer afin de voir dans quelle mesure la paroi sensible est un élément d’ambiance et une « donneuse » d’ambiances.

  A wall is eminently sensitive because we perceive it with our senses and it, in return, stimulates the senses. A wall can be a picture to be studied, a fragrance to be breathed, a piece of music to listen to [2]. It can even be a living entity if it is made of plants. A wall keeps us warm (in the case of a Trombe wall [3], for example). It can also cool us. It protects us when it acts as a sunshade but it can also provide us with light. It maintains our privacy and protects us from the wind, like the famous wall in the Villa Malaparte behind which, in the film “Contempt” (1963) directed by J-L. Godard, Brigitte Bardot sunbathed, sheltered from the wind and hidden from prying eyes. As we walk past urban buildings and spaces in our everyday lives, we may keep our distance from the walls but often we walk close to them. Sometimes, we rub against them. We may even lean against them.

As designers, we ask ourselves what role we should assign to a sensitive wall? Should a wall keep its users at a distance as mere onlookers? Should it be presumptuous? Or, on the contrary, should it be reassuring, protective, enveloping users, providing support for them as they go about their everyday lives? Far from answering these questions, this experiment provides the first steps to a definition of a sensitive wall through some of its facets but many ideas are yet to be explored before we will know to what extent the sensitive wall is an element in ambiance and a “provider” of ambiances.
 
NOTES

[1] Amphoux P. et al. (2004) Ambiances en débat. Grenoble : A la Croisée.

[2] Compagnie Décor Sonore (M. Risse, dir. artistique), création « Instrument-monument » > www.decorsonore.org).

/// Compagnie Décor Sonore (M. Risse, artistic dir. ), creation of “Instrument-monument” > www.decorsonore.org)

[3] Le mur Trombe repose sur le principe de l’accumulation d’énergie. Orienté au sud, il se compose d’une paroi vitrée derrière laquelle se situe un mur de briques ou de béton (un matériau à forte inertie). Entre les deux, l’air circule de bas en haut et s’échauffe au contact du mur. Une partie de cette chaleur est transmise lentement par rayonnement.

/// a Trombe wall is based on the principle of accumulated energy. South-facing, it consists of a glass wall backed by a wall built of brick of concrete (a material with very high inertia). Between the two, air circulates from bottom to top and is heated in contact with the wall. Part of this heat is transmitted slowly by a process of radiation.

 
Référence électronique
Aventin, Catherine ; Paris, Magali. Les ambiances au pied du mur : une expérience pédagogique autour des ambiances architecturales = Containing ambiance: an educational experiment in architectural ambiances. Ambiances.net, Edito n°13, 2009/04/25. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/112-les-ambiances-au-pied-du-mur-une-experience-pedagogique-autour-des-ambiances-architecturales (Consulté le 18/05/2012).