Ambiance pour les aéroports

Ambient for Airports
 
24/07/2009
Edito n°18
Daniel Estevez
• maître-assistant à l'ENSA de Toulouse, chercheur au LRA (Laboratoire de recherche en architecture)
• assistant professor at Toulouse school of architecture (FR), researcher at LRA (Research group in architecture)
Andrea Urlberger
• maître-assistant à l'ENSA de Toulouse, chercheur au LRA (Laboratoire de recherche en architecture)
• assistant professor at Toulouse school of architecture (FR), researcher at LRA (Research group in architecture)


En 1978, Brian Eno produit un disque de musique d’ambiance, Ambient I, Music for Airports, le premier de quatre albums destinés à lier son approche minimaliste à des espaces particuliers. Cette musique légère, facile à entendre, presque insignifiante, devait se faire discrète.

Par certains aspects, elle peut s’apparenter à une nappe sonore ténue capable d’épouser subtilement le contexte spatial au point d’en diluer la perception directe. Par cette retenue, elle propose d’ouvrir des « espaces de pensée » [1] proche de l’idée de méditation. C’est un moment d’attente prolongé dans l’aéroport de Cologne au milieu des années 70 qui a fait naître chez Eno l’idée de concevoir pour cet espace spécifique une musique adaptée.  Elle a été ensuite diffusée sous forme de disque, mais également réintroduit ponctuellement dans un aéroport, La Guardia à New York.
  Brian Eno produzierte 1978 eine Platte Ambient I, Music for Airports, eine von vier verschiedenen Aufnahmen von Ambientmusik deren Ziel es war Enos minimalistische Konzeption an ganz spezifische Orte zu binden. Diese  unaufdringliche Musik, leicht zu hören, fast unscheinbar soll so diskret wie möglich den Raum füllen.

Man könnte sie wie einen Art akustischer Teppich betrachten, der sich über den Raum legt, sich auf eine sehr subtile Art und Weise anpasst und durch diese Verschmelzung eine direkte Betrachtung des Raumes schwächt. Durch diese Zurückhaltung öffnet diese dikrete Musik Denkräume  [1] die an Meditation erinnert.Während eines längen Wartens am Flughafen von Köln, Mitter der 70ziger Jahre, enstand bei Brian Eno die Idee für diesen spezifischen Raum eine ihm angepasste Musik zu konzipieren. Diese Musik wurde anschliessend auf LPs veröffentlicht, wurde aber auch wieder für kurze Zeit im Flughafen La Guardia in New York gespielt.
 

  (c) Andrea Urlberger, “Workshop Aéroports_Airspaces”, Munich, mai 2009.              


Lors d’un workshop à l’aéroport de Munich [2] en mai 2009, des étudiants en architecture, en géographie et en planification paysagère investissent, sous la direction de deux artistes, Gwenola Wagon et Stéphane Degoutin de Nogovoyages, l’aéroport de Munich. Travaillant avec le média son, ils conçoivent des récits d’équipements utopiques destinés à des sites spécifiques dans l’aéroport. Enregistrés et stockés sur des iPod, lecteurs mp3 ou téléphones portables, les bandes sons peuvent être écoutées in situ et en se déplaçant. Un plan de l’aérogare permet de repérer les numéros des bandes de son et de les déclencher à l’endroit pour lequel ils ont été conçus.
Ambient I comme 19 petites utopies pour un aéroport [3] (workshop Munich) immergent le public dans une ambiance sonore. S’articulant voire s’hybridant avec leur environnement, les bandes sonores qui ne sont pas matérialisées par un dispositif physique quelconque (images, instruments, installations) peuvent disparaître à tout moment. Mais à la différence de Ambient I, 19 petites utopies pour un aéroport ne sont pas audibles dans la totalité de l’espace physique, ils narrent à chaque visiteur individuellement des espaces possibles, augmentant ainsi la réalité perçue. Ne relevant pas d’une « ambiance » générique de l’espace aéroportuaire, ils font au contraire émerger des concentrations ponctuelles, leur écoute doit en conséquence se produire de préférence sur place, dans l’aéroport. Le média son et son contenu, la narration utopique, sont ainsi localisés et non diffusés.
Ce projet met en œuvre une procédure de représentation très marquée par la notion d’ambiance, car elle en utilise ses moyens: perception sensorielle, usages, données qualitatives…
Si le terme ambiance signifie une articulation des dimensions physiques du bâti, les perceptions, la sensibilité, les usages et les représentations, quelles ambiances propose un aéroport et comment la musique d’ambiance produite par Brian Eno et les expérimentations artistiques lors du workshop à Munich les représentent-t-elles?

L’ambiance comme media.

Bien que l’aéroport puisse paraître en premier lieu comme un espace plein, saturé où des activités multiples se juxtaposent, les travaux du workshop semblent suivre une autre piste, se basant plutôt sur des absences.
Manque de relations humaines, de contacts, de confort, de sensations, d’urbanité, d’espaces naturel, de possibilités de s’arrêter, de se retirer, de s’isoler, …

Certains projets utopiques des étudiants ont pour objectif l’extraction des personnes qui circulent dans l’aéroport. Il s’agit de diminuer leur perception, les soustraire aux flux, aux espaces commerciaux, aux bruits. Cet isolement est la condition pour qu’une seule action puisse être exécutée pleinement (dormir, rencontrer des personnes, prendre un bain, entendre des sons, voler sans passer par les espaces commerciaux, etc.).
D’autres récits localisés ont pour objectif d’augmenter la perception, ajoutant un élément inédit en proposant une vision additionnelle d’un même espace.
Un troisième groupe vise un échange et une transfiguration à travers le déplacement, le renversement, la transformation entre l’intérieur de l’aéroport et le monde extérieur, entre l’aéroport et la situation du vol, entre l’aéroport et des activités urbaines, entre l’aéroport et la nature, …

Dans l’aéroport, le continuum spatial répond au continuum sonore, cette congruence est l’une des révélations de l’œuvre de Brian Eno.  L’expérience des projets sonores de Munich ne contredit pas cette analyse mais la complète.
L’espace hypertechnique de l’aéroport reçoit les projets sonores et les récits fictifs comme des révélateurs, des dispositifs d’interprétation subjective et individuelle des lieux. Le paradoxe : ils n’ont parfois pas d’existence physique tangible (forme, limite, surface, volume, enveloppe etc.), mais naissent surtout de l’indexation produite par les récits. Ni explicatif, ni descriptif, les récits sonores montrent une opacité qui s’oppose à l’espace hypertechnique et vide où il se déploie. L’écoute devient un acte initiatique et mystérieux comme l’explique Martin Heidegger a propos de l’art.

Faut-il contredire Michel Foucault lors qu’il écrit dans Espaces autres  « Nous ne vivons pas à l’intérieur d’un vide qui se colore de différents chatoiements, nous vivons à l’intérieur d’un ensemble de relations qui définissent des emplacements irréductibles les uns aux autres et absolument superposables. » (Michel Foucault, Espaces autres, Dits et écrits, 1984, p. 1574)
Est-il possible de conférer aux espaces qui nous entourent une couche d’existence virtuelle sur laquelle nous pourrions agir directement ? Peut-on même considérer l’espace technique de nos environnements contemporains, (ascenseurs, escalators, parkings, halls d’attente climatisés, descendants directs de l’espace aéroport) par leur manque de signification comme les meilleurs supports de projection fictionnels ?

La musique d’ambiance devrait être comprise alors dans un sens ultra-littéral : le moyen de fabriquer l’ambiance, de plaquer des réalités, d’implanter des récits et des phantasmes sur le continuum indifférencié de nos modes d’habiter.

  Im Mai 2009, während eines Workshops [2] in München, investierten Architektur-, Geographie- und Landschaftsplannerstudenten unter der Leitung von zwei Künstlern, Gwenola Wagon und Stéphane Degoutin von Nogovoyages den Flughafen von München. Die Studenten arbeiteten mit dem Medium Ton, schrieben Projekte über utopischen Einrichtungen bestimmt für präzise Orte im Flughafenbereich. Diese Erzählungen wurden aufgenommen und auf i-pods, MP3 Players oder Mobiltelefone gespeichert und können vor Ort, während des Durchlaufens des Flughafens abgehört werden. Auf einem Plan des Flughafens wurden die örtlichen Verankerungen der Soundtracks eingezeichnet, nummeriert und können an den Punkten vernommen werden, für die das Projekt geschrieben wurde.


Ambient I wie auch 19 petites utopies pour un aéroport [3] (Workshop München) tauchen das Publikum in eine Klangatmosphäre, die sich mit ihrem nahen Umfeld mischt. Diese Tonwelt ruht jedoch nicht auf einen materiellen Dispositiv  (Bilder, Instrumente, Installationen) und kann somit jederzeit wieder verschwinden. Zum Unterschied zu Ambient I, 19 petites utopies pour un aéroport können nicht im ganzen Bereich des Flughafen gehört werden, sie erzählen, individuel, jedem Besucher mögliche Räume und erweitern somit die zu erfassende Realität. Diese Arbeit unterstreicht keine allgemeine Ambiente der Flughafensphäre sondern bringt, ganz im Gegenteil, momentate Verdichtungen an den Tag. Das Abhören dieser Bänder ist somit vor allem vor Ort geeignet. Das Medium Ton und die utopischen Erzählungen sind örtliche verankert und nicht auf grössere Teile des Flughafens zerstreut

Dieses Projekt stützt sich auf Darstllungsprozesse, die sehr von der Ambiente geprägt sind. Es benutzt seine Mittel : Senseible Wahrnehmung, Anwendung, qualitative Elemente …

Ambiente ensteht durch die Verflechtung zwischen den physischen Dimensionen eines Gebäudes, seine Wahrnehmung, die Sensitivität, seine Benutzungs-und Darstellungsweisen. Welche Ambiente produziert der Flughafen und wie wird sie durch die Musik von Brian Eno und den künstlerieschen Experimenten während des Münchner Workshops dargestellt ?


Ambiente als Medium.


Obwohl der erste Eindruck eines Flughafens ihn als einen vollkommen saturierten Ort erscheinen lässt, in dem sich die verschiedensten Ereignisse überschneiden, orientieren sich die Arbeiten des Workshops in eine andere Richtung. Sie stützen sich hauptsächlich auf den Eindruck des Fehlens von menschlichen Beziehungen, von Kontakten, von Komfort, von Gefühlen, von städtischen Qualitäten, von natürlichen Bereichen, die Möglichkeit sich zurueck zu ziehen.


Manche utopische Projekte der Studenten haben das Ziel, die Menschen aus dem Flughafenbereich zu entfernen, ihre Wahrnehmung  herabzusetzen, sie den Bewegungsflüssen, dem kommerziellen Bereich,  dem Lärm zu entziehen. Diese Isolation ist die Bedingung, damit jede Handlung für sich voll ausgeführt werden kann (schlafen, Menschen treffen, baden, Klänge hören, fliegen ohne den kommerziellen Bereich durchqueren zu müssen zu müssen).

Andere ortsgebundene Erzählungen haben als Ziel, die Wahrnehmung zu steigern, fügen ein ungewöhnliches Element ein und schlagen somit eine additive Sichtweise auf einen gleichen Raum vor.

Eine dritte Gruppe strebt einen Austauch, eine Verklärung des Ortes Flughafen durch die Versetzung, die Umkehrung und den Austausch zwischen den Innenräumen des Flughafens und der Aussenwelt, zwischen dem Flughafen und der Flugsituation, zwischen dem Flughafen und urbaner Tätigkeiten, zwischen dem Flughafen und der Natur, usw.… an.


Im Flughafen entspricht das räumliche Kontinuum dem akustischen Kontinuum, eine Übereinstimmung, die vom Werk Brian Enos enthüllt wurde. Die Ergebnisse des Workshops München widersprechen dieser Analyse nicht, im Gegenteil, sie  erweitern sie.

Der hypertechnische Raum des Flughafens nimmt die Soundtracks und die utopischen Erzählungen ein und benutzt sie als Darstellung der subjektiven und individuellen Interpretationen der unterschiedlichsten Orte.
 
NOTES
[1] Christian Höller, Ambient in Sculpture Projects in Münster, 2007, p. 327
[2] Réalisé dans le cadre de la recherche Aéroports_Airspaces, financée dans le cadre du programme Architecture de la grande échelle, BRAUP, DAPA, ministère de la Culture.
/// Im Rahmes eines Forschungsprojektes, Aéroports_Airspaces, Architecture de la grande échelle, BRAUP,DAPA, franz. Kultusministerium.
[3] 19 kleine Utopien für einen Flughafen
 
Référence électronique
Estevez, Daniel ; Urlberger, Andrea. Ambiance pour les aéroports = Ambient for Airports. Ambiances.net, Edito n°18, 2009/07/24. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/117-ambiance-pour-les-aeroports (Consulté le 18/05/2012).