Errance solitaire avec un nuage : le Web 2.0 et l’expérience des lieux urbains
Wandering lonely with a cloud: Web 2.0 and the experience of urban places
 
20/04/2010
Edito n°30
Chris Tweed

• BRE Chair in Sustainable Design of the Built Environment. Welsh School of Architecture. Cardiff University
 

À la fin du XIXème siècle, les constructions représentaient la technologie identificatrice de l’époque (Bolter 1986). Des foules se rassemblaient pour marquer l’ouverture du « Crystal Palace » (Palais de cristal) à Londres en 1851. À la fin des années 1990, toutefois, le lancement d’un nouveau système d’exploitation reflétait davantage l’air du temps qu’une nouvelle construction. Désormais, le Web 2.0 a tout révolutionné. Il balaie les obstacles physiques et culturels, donnant lieu à de nouvelles pratiques sociales qui mettent à rude épreuve notre sens de la communauté et du lieu. En partageant des photographies, vidéos, cartes, notations et analyses, nous vivons par procuration l’expérience d’être quelque part à travers les autres que nous ne rencontrerons probablement jamais. Jusqu’à présent, la plupart de ce qui est partagé encourage la consommation : où peut-on trouver la meilleure adresse pour acheter X ici ? Nous investissons notre confiance dans ces autres invisibles en partie définis par leur aptitude à accéder au Web.   At the end of the 19th century, buildings represented the defining technology of the age (Bolter 1986). Crowds gathered to mark the opening of the Crystal Palace in London in 1851. By the end of the 1990s, however, the launch of a new operating system captured the spirit of the times more than a new building. Now, Web 2.0 has changed everything. Web 2.0 removes physical and cultural barriers, resulting in new social practices, which stretch our sense of community and place. By sharing photographs, videos, maps, ratings and reviews, we enable vicarious experience of being somewhere through others we will probably never meet. So far, most of what is shared encourages consumption—where is the best place to buy X here? We invest our trust in invisible others who are defined in part by their ability to access the Web.
walk on by

La téléphonie mobile et les services géodépendants étendent la portée du Web 2.0 aux coins et recoins, parcs et allées, collines et vallons. Ils placent l’espace physique au cœur du Web 2.0. Des questions que nous n’avions jamais songé poser auparavant — car les réponses semblaient alors évidentes —deviennent désormais pertinentes. Où suis-je ? Qui est avec moi ? Où devrais-je aller ensuite ? L’éventail des réponses possibles est large et certaines réponses n’identifient plus l’espace physique. Des visions de villes câblées sont à la recherche d’un futur au sein duquel « l’interaction humaine avec et par les ordinateurs deviendrait socialement intégrée et spatialement dépendante, les objets et espaces du quotidien étant liés par l’informatique en réseau » (Greenfield et Shepard 2007). Voir les gens arpenter les places absorbés dans des conversations sur un téléphone mobile, semble indiquer une issue différente. Ils ne sont pas là ; ils sont ailleurs. Ils ont la tête dans de nouveaux nuages : des nuages de données sur des serveurs qui sont ailleurs. Notre ingéniosité nous apporte une sophistication toujours plus grande en informatique mobile mais nous isole du monde qui est devant notre nez. L’attention humaine est une ressource limitée, si ingénieux que soient nos dispositifs. (Shirky 2008).
Cette limite à l’attention laisse entrevoir le besoin d’une phénoménologie qui va au-delà de l’individu pour englober l’expérience intersubjective de l’espace urbain avec toute la complexité introduite par l’informatique mobile et le Web 2.0. Comment pouvons-nous être dans différents espaces et passer sans cesse de l’un à l’autre en une fraction de seconde ? Qu’est-ce que cela signifie pour la conception de l’espace urbain du futur ? S’il est possible de tirer parti du Web 2.0 pour développer notre conscience et notre expérience de l’ambiance urbaine — par exemple à travers l’organisation de « performances » (spectacles) et de flash-mobs — ce potentiel reste à exploiter. Malheureusement, les premiers signes ne sont pas bons ; les premières applications de réalité augmentée à apparaître sur les téléphones mobiles sont celles qui identifient des appartements à 600 000 euros à Amsterdam ou localisent les meilleurs restaurants accessibles à pied (Thackara 2010). Est-ce le mieux que nous puissions faire avec le Web 2.0 mobile ? À moins de trouver le moyen de relier le virtuel au réel, nous courons le risque de vivre de plus en plus ailleurs plutôt qu’ici, avec des gens que nous ne connaîtrons peut-être jamais, tandis que ceux autour de nous deviendront invisibles (voir Figure 1).

 
  Mobile telephony and location based services extend the reach of Web 2.0 to nooks and crannies, parks and alleys, hills and valleys. They push the focus of Web 2.0 towards physical space. Questions we never thought to ask before—because the answers seemed obvious before—are pertinent now. Where am I? Who is with me? Where should I go next? The range of possible answers is wide and some responses no longer identify physical space. Visions of wired cities seek a future in which “human interaction with and through computers becomes socially integrated and spatially contingent, as everyday objects and spaces are linked through networked computing” (Greenfield and Shepard 2007). Seeing people pacing the plazas engrossed in conversations on a mobile phone, suggests a different outcome. They are not there; they are somewhere else. Their heads are in new clouds—clouds of data on servers somewhere else. Our ingenuity brings us ever greater sophistication in mobile computing but isolates us from the world in front of our noses. Human attention is a finite resource, no matter how clever our devices are. (Shirky 2008).

This limit to attention suggests the need for a phenomenology that reaches beyond the individual to embrace intersubjective experience of urban space with all the complexity mobile computing and Web 2.0 introduce. How we can be in different spaces and flit from one to another (and back again) in a split second? What does this mean for the design of future urban space? While there is scope to harness Web 2.0 to expand our awareness and experience of urban ambiance—for example through the organisation of performances and flash-mobs—that potential has yet to be tapped. Unfortunately, the early signs are not good; the first augmented reality “apps” to appear on mobile phones are those that identify apartments for 600,000 euros in Amsterdam or locate the best restaurants within walking distance (Thackara 2010). Is this the best we can do with mobile Web 2.0? Unless we can work out how to connect the virtual and real we run the risk of increasingly living somewhere other than here, with people we may never know, while those around us become invisible (see Figure 1).
 
References
[1] Bolter, J. D. (1986). Turing’s Man. London, Pelican.
[2] Greenfield, A. and Shepard, M. (2007). Urban Computing and Its Discontents. Architecture and Situated Technologies Pamphlet 1. The Architectural League of New York. Available from http://www.archleague.org [February 2010].
[3] Shirky, C. (2008). Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations. London, Allen Lane.
[4] Thackara, J. (2010). Barf-ware. Available at http://www.doorsofperception.com/archives/2010/03/barfware.php [March 2010].
 
Référence électronique
Tweed, Chris. Errance solitaire avec un nuage : le Web 2.0 et l’expérience des lieux urbains = Wandering lonely with a cloud: Web 2.0 and the experience of urban places. Ambiances.net, Edito n°30, 2009/04/20. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/162-errance-solitaire-avec-un-nuage--le-web-20-et-lexperience-des-lieux-urbains- (Consulté le 18/05/2012).