De chaque être, de chaque objet, de chaque lieu s’échappe un souffle de molécules, un message odorant intercepté par nos cils olfactifs et interprété, souvent à notre insu, par chacun d’entre nous. Pas besoin de flairer pour sentir, la mécanique ne s’arrête jamais. Cette cinquième dimension de l‘espace est immatérielle, volatile, invisible, souvent indicible, mais capitale. Les odeurs animent, structurent, colorent… l’atmosphère, elles mettent l’ambiance. Et si l’on y prêtait attention ? Si, comme le parfumeur, on se promenait le nez au vent ?
Dimension invisible personnelle ou collective?
Les odeurs imprègnent nos images, nos souvenirs, même les plus intimes, qu’on y prête attention ou non. Odeur voluptueuse du seringa fleurissant dans le square près du banc, celle des premiers baisers volés… Odeur de poudre du 14 juillet dont l’intensité croît comme la fumée au fil du feu d’artifice, celle de la fête et de l’émerveillement partagés… odeur d’eau alanguie et métallique du fleuve citadin, celle de la promenade dominicale…Et si, paradoxalement, cette dimension cachée de l’ambiance, était la mieux partagée ?
Créer la familiarité ?
L’odorat est le déclencheur de mémoire le plus puissant, les avancées extraordinaires des neurosciences l’ont démontré. Quel pouvoir d’évocation irrésistible les parfumeurs ont entre les mains pour enchanter le monde, le quotidien ! Pourquoi ne pas les faire contribuer à la création de l’ambiance en imaginant les messages odorants émis par l’environnement? Faire ressurgir parfois certains souvenirs pour créer la familiarité et le plaisir (en suivant une démarche intuitive partagée, ou en la validant par des tests et enquêtes aujourd’hui scientifiquement établis).
Créer la surprise ?
Les odeurs nous jouent aussi des tours, nous surprennent et nous transportent ailleurs. Tout à coup, en pleine ville, dans l’air surchauffé, chargé de vapeurs de bitume, d’ozone, de carburant, s’impose l’image d’une scierie montagnarde : l’odeur fraîche et humide du plâtre s’infiltre à travers la palissade en bois de pin qui cache un chantier, exhalant au soleil ses effluves résinés. Alors on se dit «Il se passe quelque chose ici ! » Pourquoi ne pas jouer de ces effets de surprise, de contraste, de décalage… ? Pour suggérer un parcours, souligner ou créer des espaces, s’accorder à la lumière et au son, ou au silence et à l’obscurité… contribuant ainsi à la synergie des sens ?
Diffuser les messages odorants ?
Volatiles, les odeurs sont insaisissables, indomptables. Et si cette volatilité, cette mobilité, étaient leurs meilleurs atouts? On sait aujourd’hui maîtriser les flux d’air et les odoriser grâce à des systèmes de diffusion programmables extrêmement sophistiqués. Mais on peut aussi imaginer cette cinquième dimension de l’ambiance comme un travail sur « l’émanation des lieux ». En jouant sur les matériaux (naturellement odorants, parfumés dans la masse ou en surface…), sur les végétaux plantés (arbres et plantes aromatiques), sur tous les éléments présents. Et en choisissant ses alliés pour propager dans l’ambiance les messages odorants imaginés : Le vent, bien sûr, qui fait claquer des bannières et frissonner des paravents parfumés, qui se charge d’effluves au dessus d’un bassin, à travers une pergola couverte de glycine, une place plantée de tilleuls... Mais aussi l’eau, la vapeur d’eau (merveilleux vecteur d’odeurs), la fumée, la chaleur etc. (Ces modes de diffusion discontinue correspondent à la façon dont notre odorat fonctionne : notre cerveau efface l’odeur d’un lieu après quelques secondes d’immersion ; inutile donc de le saturer, mieux vaut le surprendre !)
Pourquoi ne pas convoquer nature, saisons, humeurs, et les vertus aromachologiques des plantes, les voyages, l’ailleurs… pour enrichir l’ambiance et créer les émotions qui ancreront l’esprit du lieu dans notre mémoire ? |
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Every living being, every object, every place exhales a breath of molecules, a fragrant message intercepted by our olfactory lashes and interpreted by each of us , often without our knowing it.No need to sniff, we smell, the machine never stops. This fifth dimension of space is immaterial, volatile, invisible, often inexpressible, but essential. Smells lead structure, color and life…to the atmosphere, they set the tone of the ambiance. What if we paid more attention to them? What if, as perfumers do, we went about whiffing the breeze of our surroundings?
A personal or collective invisible dimension?
Smells impregnate our images, our memories, even the most intimate ones, no matter whether we pay attention to them or not. The voluptuous scent of the mockorange, blooming next to the public garden bench, is that of our first stolen kisses… The exciting smell of gunpowder, thickening as the smoke in the course of the fireworks? Shared amazement and celebration… The languid and metallic odor of the city river? Sunday afternoon strolls in autumn … What if, paradoxically, the most personal, hidden dimension, of ambiance, were also the most shared out?
Creating familiarity?
The sense of smell is the key trigger for our contextual memory, as demonstrated by the recent breakthroughs in neurosciences. What an irresistible power of evocation in the hands of fragrance creators: the power of enchanting our world, our everyday life! Why not invite them to join in the creation of the ambiance and imagine the fragrant messages sent by environment? They can summon back pleasant memories, creating familiarity and pleasure (either by following an intuitive and shared approach or by validating their choices by tests and surveys which can be carried out today on a scientific basis).
Creating surprise?
Smells also play tricks on us, surprise us, transport us miles away . Right in the middle of the city, amidst the scorching air and the fumes of asphalt, ozone and fuel, suddenly the image of a mountain sawmill imposes itself on us: the fresh, sweet and humid smell of plaster escapes through a pine picket fence hiding a building site and exhaling its resinated puffs in the sun. And so we think: “Something’s happening here!” Why not play with smells as elements of surprise, of contrast, of discrepancy, as if they were tools in the box? They might suggest paths, spotlight areas, even create them, combining with sound and light, or with silence and obscurity… thereby contributing to the synergy of the senses.
Diffusing fragrant messages
Smells are elusive, uncontrollable. What if their volatility, their mobility were used as their finest qualities? Today, air flows can be mastered and scented, thanks to sophisticated high-tech diffusing systems. However, the fifth dimension of space could also be imagined as the emanation of its elements. Building materials (naturally fragrant or scent impregnated), water, planted vegetation (trees, aromatic plants)… may express designed fragrant messages. Number of allies may be chosen to propagate these messages in the ambiance: the wind can flap scented banners or screens, blow over fragrant fountains and artificial ponds, rush through wisteria covered pergolas and squares planted with limetrees… Water, steam (wonderful scent vector), smoke, heat… can also be used as precious allies. (These discontinuous modes of diffusion correspond to the functioning of our sense of smell, our brain deleting the odour of any space after a few seconds of immersion: it is useless to saturate our nose, better surprise it!)
So why not invite nature, seasons, moods, aromachological virtues of plants, journeys into faraway lands… to enhance the ambience and contribute to create the emotions that may anchor its spirit in our memory? |