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Urban ambiance in skateboarding, or street entertainment as a founding element of lifestyle
23/04/2011
Edito n°42
Julien Laurent
• Sociologue, chercheur post-doctorant au Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (GREF), Université du Québec à Montréal (UQAM), chargé de cours en géographie et en études urbaines (UQAM)
• Sociologist, post-graduate researcher for the Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (GREF), University of Quebec in Montreal (UQAM), in charge of geography courses and urban studies (UQAM)
L’appropriation d’un espace public par le skateboard et ses pratiquants engendre une dynamique visuelle et sonore. Celle-ci se traduit par l’émergence d’une ambiance pouvant être festive, ludique voire compétitive, fondée sur l’exploitation du mobilier urbain. Ainsi, un pan de la ville choisit pour son décor, sa qualité de roule, son architecture, devient une scène où il convient de se montrer par l’intermédiaire de performances corporelles qui attirent l’intérêt et surtout le regard de l’Autre. Mes travaux démontrent que les « street » skaters construisent des représentations de certains sites à valeur idéale typique et qui prennent du sens dans leur pratique culturelle (Laurent & Gibout 2010). Ainsi, ils font preuve d’un potentiel à les exploiter et à les sublimer par des figures qui ressemblent à des acrobaties modernisées sous l’appellation anglo-saxonne de tricks (Laurent, 2009).
Pour reprendre Chadoin (2010), nous aurions donc affaire à la dimension hard de l’ambiance, prenant une multitude de facettes, à travers cette pratique de la ville. D’ailleurs pour sa dimension sociale, il est possible de relever deux réponses à l’ambiance générée. Celle des pratiquants, de leurs proches et des personnes qui profitent de cette animation. D’autre part, celle des résidents, d’autres chalands craintifs et des autorités locales qui subissent les nuisances sonores causées par le claquement des planches sur le sol et relèvent les dégradations visuelles causées sur le mobilier. Ainsi le bannissement et tout un panel de contraintes surgissent pour mettre un terme à cette ambiance qui dérange afin de la remplacer par une autre d’avantage aseptisée, sécurisée, fonctionnalisée.
Cette ambiance protéiforme semble particulièrement pertinente quand il s’agit de cerner les diverses formes d’un mode de vie skateboard (Veal, 2001 ; Wheaton, 2004). Mes enquêtes ethnographiques, parmi divers groupes de pratiquants montpelliérains, démontrent que les skaters adoptent des manières d’être, de faire, de penser qui leurs sont propres. Celles-ci ne sont pas forcément valorisantes et valorisées d’un groupe à un autre. Elles pourront générer soit une empathie qui conduit à des relations quasi-fraternelles, soit de la distinction, de la mise à distance de ceux identifiés comme des intrus qu’il faudra faire fuir par des rapports conflictuels, des intimidations.
D’autre part, la notion d’ambiance sous son versant social semble renvoyer au concept de fun, le plaisant et l’excitation liés à un état d’esprit « bon enfant », de défis joués, de réussites partagées, de rigolades et autres bouffonneries entre proches et qui ponctuent les chutes et autres cascades fréquentes. Cette ambiance peut aussi se charger d’un sérieux quasi-professionnel chez les experts qui s’engagent dans la réalisation de performances. Ces deux ressentis animent les interactions entre les skaters.
Sur la base de ces constats, nous pourrions soulever la question d’une transmission, entre les générations, d’un panel de comportements qui pourrait faire surgir diverses formes d’ambiance. Est-il possible de relever chez ces individus une capacité à s’ajuster en fonction de la présence de leurs pairs, de générer, selon le contexte, une ambiance plaisante ou au contraire délétère. Y a-t-il une forme d’apprentissage au sein des groupes, des comportements qui peuvent générer ces formes d’ambiances ? Est-ce que dans le cadre de sa carrière au sens de Becker, le pratiquant va aussi apprendre à instaurer et subir diverses formes d’ambiance ?
Les recherches menées dans le cadre du Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (UQAM), visent à mieux cerner une forme de bien-être et de bien vivre sa ville pouvant ainsi se matérialiser par une meilleure compréhension de la notion d’ambiance. |
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A visual and acoustic dynamic is created when a public space is taken over by the skateboard and its practitioners. This dynamic can be seen in the emergence of an ambiance that may be festive, playful or even competitive, based on the use of street furniture. In this way, a section of the city chosen for its decor, roller quality and architecture becomes a stage on which to be seen through physical performances that attract interest and above all catch other people’s eye. My works show that the street skaters build representations of certain sites with a typical ideal value that has meaning in their cultural practice (Laurent & Gibout 2010). Consequently, they demonstrate a potential to use and embellish them by figures that resemble modernized acrobatics, called tricks (Laurent, 2009).
To quote Chadoin (2010), we are therefore dealing with the hard dimension of the ambiance, which has an endless number of facets, through this use of the city. Regarding the social dimension, we can actually note two responses to the ambiance generated. On the one hand, that of the practitioners and their entourage, and the people who benefit from this event; and on the other hand, that of the residents, other fearful passers-by and the local authorities, who suffer the noise pollution caused by boards banging on the ground and note the visible deterioration caused to the street furniture. As a result, bans and severe restrictions are introduced to put an end to this disturbing ambiance and replace it with another more sterile, secure and functionalized ambiance.
This protean ambiance seems especially relevant when it comes to defining the various forms of a skateboard lifestyle (Veal, 2001; Wheaton, 2004). My ethnographical surveys, among various practising groups in Montpellier, show that skaters adopt their own ways of being, doing and thinking. These are not necessarily recognized or rewarded from one group to another. They may either generate an empathy leading to more or less fraternal relationships, or a distinction that creates a distance with those considered as intruders, who must be forced to leave through antagonistic relations and intimidation.
Furthermore, the notion of ambiance under its social aspect seems to refer to the concept of fun, the pleasure and excitement linked to a “good natured” mindset, based on dares won, shared victories, good laughs and close clowning around, which punctuate the frequent falls and other stunts. This ambiance may also take on a semi-professional gravity among the experts intent on performing well. The interaction between skaters is coloured by these two mindsets.
On the basis of these observations, we could raise the question of a transmission, between generations, of a set of behaviours that might give rise to diverse forms of ambiance. Is it possible to note among these individuals a capacity to adapt to the presence of their peers, or to generate a pleasant or obnoxious ambiance depending on the context? Is there a type of learning within the groups, with patterns of behaviour that can generate these forms of ambiance? Will the practitioner also learn to inflict and suffer various forms of ambiance in the context of his career in the sense of Becker?
The studies done in the framework of the Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (UQAM), aim to better define a form of well-being and urban good conduct that can be materialized in this way through a better understanding of the notion of ambiance. |
REFERENCES
Becker, H. (1985, 1ère éd. 1963). Outsiders. Sociologie de la déviance. Paris : Métailié.
Chadoin, O. (2010). La notion d’ambiance. Contribution à l’examen d’une invention intellectuelle postmoderne dans le monde de la recherche architecturale urbaine. Les Annales de la recherche urbaine, nº 106 pp. 153-159.
Laurent, J. & Gibout, C. (2010). Ces décors urbains qui invitent aux voyages : « L’imagibilité » chez les skaters de Montpellier. Les Annales de la recherche urbaine, nº 106 pp. 106-116.
Laurent J., (2009), « La ville et la culture des « jeunes » influencées par l’acrobatie : réflexion sur les ambivalences des pratiques urbaines », Loisir et société, vol. 31, n° 2, Presses Universitaires du Québec.
Veal A.-J., (2001), « Leisure, culture and lifestyle », Loisir et Société, vol. 24, n°2, pp. 359-376.
Wheaton, A. (2004). Understanding lifestyle sports. Consumption identity and difference. Routledge : New York.
Référence électronique
Laurent, Julien. L’ambiance urbaine dans le skateboard, ou l’animation de la rue comme élément fondateur d’un mode de vie = Urban ambiance in skateboarding, or street entertainment as a founding element of lifestyle . Ambiances.net, Edito n°42, 2011/04/23. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/261-lambiance-urbaine-dans-le-skateboard-ou-lanimation-de-la-rue-comme-element-fondateur-dun-mode-de-vie (Consulté le 18/05/2012).
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