Qu'entendez-vous par zones calmes ?
What do you mean by quiet areas?
 
20/09/2011
Edito n°46
Catherine Lavandier
• Maître de conférences au laboratoire MRTE de l'université de Cergy Pontoise,  Acousticienne
• Lecturer at the MRTE (Mobility, Network, Territory, Environment) laboratory of Cergy Pontoise University, Acoustician
Pauline Delaitre
• Doctorante au laboratoire MRTE, financée par le réseau R2DS de la région Île de France
• PhD student at the MRTE laboratory, financed by the Île de France (Paris region)  R2DS network
Maria Basile
• Maître de conférences au laboratoire MRTE,  Architecte
• Lecturer at the MRTE laboratory, Architect

Pour comprendre quelles sont les caractéristiques des zones calmes en milieu urbain, Pauline Delaitre a récemment organisé deux ateliers de concertation dans le cadre de sa thèse. Ces ateliers se sont déroulés à Paris et à Cergy Pontoise et ont regroupé  une vingtaine d’habitants au total. La méthode utilisée a été inspirée des « cultural probes », méthode développée par Graver en 1999.

Lorsque l’on demande aux citadins : "Où iriez vous chercher du calme ?", les espaces verts sont souvent cités. Mais après quelques échanges, la caractéristique principale qui émerge, au delà de la présence de verdure, est la qualité du lieu à être perçu comme extérieur à l’espace temps urbain. La zone calme permet de s’évader de l’ambiance urbaine : « Je trouve que quand on est avenue de Clichy [à Paris], c’est très bruyant et quand vous rentrez là, vous avez l’impression d’être dans un village ». Pour qualifier une telle zone, la comparaison est très souvent utilisée. Le calme est souvent cité en référence à une autre situation: « [Ce parc] il est plus calme que celui là ». Les zones calmes se remarquent par le changement d’ambiance qu’elles proposent, que ce soit à travers une évolution spatiale ou une évolution temporelle. Plus le contraste entre deux zones ou deux moments est important, plus l'impression de calme est grande : « Une rue moche, bruyante, ce n’est vraiment pas le côté sympa de Pontoise, et là vous êtes dans ce cimetière que par ailleurs je trouve très moche, et pourtant, et bien c'est hyper calme ». Lorsque les sens sont sollicités pour leur fonction d’alerte, une fatigue attentionnelle peut en résulter : « Lorsqu’il pleut, ce n’est pas calme. La pluie rend la chaussée et les trottoirs glissants. La pluie peut gêner la vision des véhicules et peut même masquer certains bruits ». Une zone calme est perçue comme un endroit serein et sans danger qui permet de relâcher l’attention : « Quand je peux le regarder [l’orage] d’un endroit où je me sais en sécurité, ça m’apaise ».  Pour être associée au calme, une zone doit être exempte "d’agressions", qu’elles soient visuelles ou auditives: « Le bus, c’est plus calme que le métro. […] Il y a le bruit du métro en lui-même et les sonneries à toutes les stations ». «Il n’y a pas de bruit et pourtant  je ne considère pas cet endroit comme calme.  Mais c’est parce que visuellement c’est très agressif pour moi ». Le calme permet donc de ressentir des éléments qui peuvent rappeler la nature : « Quand il y a des petits chemins, des jardins, le sol est moins dur. La texture est plus agréable, ça fait penser à des textures de campagne ».

    Les ateliers ont montré que dans certaines situations le calme peut être inapproprié ou faire peur : « C’est très calme mais c’est un peu mort ».  La directive européenne sur la gestion du bruit de l'environnement demande de mettre en place des plans d'action pour préserver ces zones calmes. Ne faudrait-il pas aussi préserver les zones de hautes qualités acoustiques comme le suggère Lex Brown ? En effet, l'animation qui est en général liée à la présence humaine peut être souhaitée, car elle est souvent associée à la notion de partage. Toutes les caractéristiques évoquées ci-dessus doivent maintenant être déclinées en terme d'urbanisme afin d'aider les décideurs à mettre en place leurs plans de prévention du bruit dans l'environnement.
  In order to provide a better understanding of the features of quiet areas in an urban environment, Pauline Delaitre recently organised two consultation workshops as part of her thesis. These workshops were held in Paris and in Cergy Pontoise and brought together twenty or so inhabitants in total. The method used was inspired by  ”cultural probes”, a method developed by Graver in 1999.

When we ask city dwellers: "Where would you go to find peace and quiet?", the answer often given is “parks”. But a little further on into the conversation, the main feature which emerges, beyond the presence of greenery, is the degree to which the place in question can be perceived as being outside the urban time space. The quiet area makes it possible to escape from the urban atmosphere: ”I find that when you are on Avenue de Clichy [in Paris], it’s very noisy and yet when you enter this area, you feel like you’re in a village”. It’s a comparison very often used to describe such an area. The notion of quiet is often quoted with reference to another situation: ”[This park] is quieter than that one”. What’s noticeable about quiet areas is the change in atmosphere that they offer, whether through a change of space or time. The greater the contrast between two areas or two moments is, the greater the impression of quiet is:  “An ugly noisy road, it’s not exactly what you’d call the nicer side of Pontoise, and there you are in this cemetery which I also find very unappealing, yet even so it’s so very quiet”. When the senses are used for the purposes of an alert, the resulting tiredness can mean that your attention wanders: ”When it rains, it’s not quiet. The rain makes the road surface and the paths very slippery. Rain can hinder vehicle vision and even hide certain noises”. A quiet area is seen as a place which is calm and free of any danger where you can drop your guard a little:  “When I can watch it [a storm] from a place where I know I’m safe, I feel at ease”.  To qualify as being quiet, an area must be free from "any form of aggression", whether it be to the eyes or the ears:  “The bus is quieter than the metro. […] there’s the noise of the metro itself and the buzzers at every station”. “There’s no noise and yet I still wouldn’t say that this is a quiet place. But that’s because visually I find it very aggressive”. So the quietness makes it possible to feel things which remind you of nature: “When there are little paths, gardens, the ground is softer. The texture is more pleasant, and reminds one of the textures found in the countryside”.


    The workshops have shown that in certain situations quiet can be inappropriate or may be frightening: “It’s very quiet but it’s a bit dead”.  The European directive on noise management in the environment requires the implementation of action plans for protecting these quiet areas. But shouldn’t we also protect high quality acoustic zones as Lex Brown suggested? Indeed, the coming and going which in general denotes the presence of human beings may be desirable, because it is often associated with the notion of sharing. All the features mentioned above must now be presented in terms of town planning in order to help decision makers implement their noise prevention plans within the environment.
 
Référence électronique
Lavandier, Catherine and Delaitre, Pauline and Basile, Maria. Qu'entendez-vous par zones calmes ? = What do you mean by quiet areas?. Ambiances.net, Edito n°46, 2011/09/20. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/271-quentendez-vous-par-zones-calmes- (Consulté le 18/05/2012).