Des ambiances au territoire
From ambiances to territories
 
25/09/2008
Edito n°2
Jacques Teller
• chargé de cours à l’Université de Liège (BE), Directeur du LEMA – Local Environment Management and Analysis
• assistant professor, Liege university (BE), Director of LEMA - Local Environment Management and Analysis
 
La recherche sur les ambiances s’est d’abord attachée aux espaces intérieurs —habitat, galeries commerciales, espaces muséaux etc.— pour ensuite porter son attention sur des espaces urbains tels que les cœurs d’îlot, les rues, les places, les grands ensembles. Alors même que les conditions de production et de transformation des formes architecturales et urbaines sont assez distinctes, on pouvait en effet considérer que la contiguïté sensorielle de ces deux mondes justifiait le recours à des références et des méthodes communes pour les appréhender.
 
Mais que dire alors d’échelles plus étendues ? Peut-on parler d’ambiances territoriales ? Comment appréhender ce qui ferait leur éventuelle unité quand nos sens et nos modèles nous parlent avant tout de diversité, de mosaïque ou de discontinuités lorsque nous parlons de territoires ?

Ces questions nous amènent à repenser les limites de notre champ disciplinaire. Plus concrètement, elles ouvrent aussi des perspectives vers des dispositifs ambiantaux peu étudiés jusqu’ici. Nous pensons en particulier aux infrastructures vertes, qui se déploient sur des échelles qui ne sont plus proprement urbaines, mais territoriales, et qui sont caractérisées par un statut hybride, entre espace public et réseau de communication. Non reconnus comme des « paysages » à part entière par les acteurs de cette discipline, ces dispositifs ne peuvent être confondus avec des rues ou des places traditionnelles en raison de leur autonomie par rapport au tissu bâti. On voit cependant, au travers d’exemples comme la Greengrid Strategy, dans l’estuaire de la Tamise, que la question de la continuité sensorielle y joue un rôle aussi important que la seule connexité physique.

Aborder le territoire sous l’angle des ambiances c’est aussi s’interroger sur le rôle des médiateurs, interfaces entre l’usager et le territoire, tels que la voiture bien sûr, mais aussi le train à grande vitesse, l’infrastructure routière ou pédestre, les dispositifs de signalisation. Le véhicule, dans tous ces cas, joue un rôle de filtre qui va conditionner notre regard sur le territoire et orienter les transformations mêmes de celui-ci. Parler d’ambiances territoriales, c’est donc avant tout explorer les propriétés sensorielles de ces objets intermédiaires qui, à l’image de la porte et du pont de Georg Simmel, à la fois nous isolent et nous lient à ce qui nous entoure.
 
  Research on ambiances, if initially centred on internal spaces – housing, commercial malls, museums and the like-, rapidly addressed the characteristics of urban spaces like urban blocks, places, large housing units. Even though their production and transformation processes are quite different, it has been argued that some sensorial contiguity of both types of spaces justified the use of common references and tools for analysing them.

Is this still applicable for larger scales ? Would it be legitimate to speak about territorial ambiances ? How shall we address the unity of these ambiances when our perception and models are informing us of diversity, mosaics and discontinuities when faced with territories ?
These questions are a way to consider anew the limits of our disciplinary field. More concretely, they open interesting avenues towards innovative ambient systems, as for instance green infrastructures, which are no longer “urban” but “territorial”
systems. These infrastructures are characterised by a hybrid status, between public spaces and communication networks. Though they are not considered as genuine landscapes by experts of this field, their large autonomy from the built environment distinguishes them from traditional streets or places. Still it can be observed in a series of cases, like the Greengrid strategy along the tames river, that the sensorial continuity is a key challenge for the design of these infrastructures along with usual concerns regarding their physical connectivity.

Analysing territorial ambiances further leads to questioning the role of mediators, those interfaces between users and territories, such as the car obviously, but also high-speed trains, road and pedestrian infrastructures or road signage. In all these case the vehicle filters our perception of the territory, which influences our way of seeing it and its mere transformations. Speaking about territorial ambiances is a way to explore the sensorial properties of these intermediary objects, which, as the door and the bridge of Georg Simmel, both isolate and connect us to the outside environment.

Référence électronique
Teller, Jacques. Des ambiances au territoire = From ambiances to territories. Ambiances.net, Edito n°2, 2008/09/25. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/51-des-ambiances-au-territoire (Consulté le 18/05/2012).