Apprivoiser les bruits
Tame the Sounds
 
29/10/2008
Edito n°4
Pascal Joanne
• enseignant-chercheur à l’école nationale supérieure d’architecture de Nantes et directeur du laboratoire CERMA.
• researcher and assistant professor, school of architecture of Nantes (FR), director of laboratoire CERMA
 
L’étudiant architecte, est très vite habitué à représenter ses intentions dans l’univers strictement visuel. Au constat que seul ce qui est perceptible visuellement sera rendu visible dans la mise en forme du projet, les autres qualités sensorielles, et particulièrement les phénomènes sonores, se trouvent délaissées.

A l’Ecole d’Architecture de Nantes, une expérience pédagogique vient d’être menée, reposant sur le concept de design sonore. L’objectif est d’inciter les étudiants à prendre les sons et les bruits comme des « matériaux » de l’environnement, qu’il faut connaître, appréhender et savoir utiliser. Parmi les idées de projets ou d’analyses que nous leur avons proposées, l’une d’entre elles, « MACHINES A SONS / MACHINES A BRUITS », est un travail à caractère inventif. Il s’agit de concevoir un « instrument à bruits », capable de produire des sons rares ou « inouïs ». Un groupe d’étudiants a ainsi réalisé un étonnant « AQUARIUM SONORE », dans lequel se déplacent, non pas des poissons, mais des bruits d’objets qui s’entrechoquent.
D’autres étudiants ont répondu à une deuxième thématique en réalisant un « répertoire des onomatopées architecturales et urbaines ».  Ils ont recensé des catégories sonores en prenant appui sur la littérature de bande dessinée qui est une source formidable de représentation des bruits. D’autres ont eu l’idée de composer une «partition onomatopéique », et un autre groupe a suivi un parcours urbain rendant compte des comparaisons très riches entre les onomatopées françaises et coréennes.
Enfin une troisième piste, « RECIPIENTS SONORES » repose sur une analogie audacieuse. Certains objets ordinaires détiennent un potentiel de bruitage surprenant, auquel on prête rarement attention. En fonction des manipulations qu’on lui inflige, une simple feuille de papier peut émettre un tremblement, une déchirure, un froissement ou même un claquement et, roulée en cornet, servir de porte-voix. « Récipients sonores » désigne donc un ensemble d’objets qui une fois saisis, manipulés ou transformés, « déversent » du bruit comme un récipient renversé son contenu. De nombreux étudiants se sont emparés de cette idée et ont proposé des jeux auditifs basés sur la reconnaissance sonore des objets. D’autres ont su montrer l’incroyable contenu sonore de la petite cuillère ou du modeste tube en carton !

  The students in architecture usually show their intentions in a strictly visual world. They only express visually perceptible elements when designing, so others sensitive functions, and particularly sounds, are given up.

At the School of Architecture of Nantes, a pedagogical experience has been carried out on sound-design concept. This experience aims at encouraging students to use sounds and noise as “materials” of architectural or urban environment. So they will be used to integrate these sounds in their own setting up design. Among the project or analyze issues we proposed, “SOUND MACHINE / NOISE MACHINE” is a creative work where students have to create a “noise instrument” able to produce rare or extraordinary sounds. A group of students made this way a surprising sounding aquarium where, instead of fish, noises of floating objects are moving, knocking together.
An other group of students answered to the second issue with a catalogue of architectural and urban onomatopoeia. They have listed sounds and noises categories by referring to the comic strip literrature which is a great source of sounds visualization. Others students had the idea to compose an “onomatopeique” score; and a last group followed a path in the streets of Nantes to record sounds and compare their transcription in French and Corean onomatopoeia.
Finally, a third issue: “sounding containers” is based on a daring analogy. Some ordinary objects hold a wide potential of sound effects, in which people rarely pay attention. According to the sorts of handling, a simple sheet of paper can emit a trembling, a tearing, a crush or a flapping, and roll in cone, serves as a megaphone. In this exploring work, “sounding containers” mark out a set of objects. Once they are taken, handled, transformed, these objects let noise pour out as a normal container does with it content. Many students got hold of that idea and proposed audio games based in sound recognition. Others showed the surprising sound content of the spoon or of the common cardboard tube!

Référence électronique
Joanne, Pascal Apprivoiser les bruits = Tame the sounds. Ambiances.net, Edito n°4, 2008/10/29. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/53-apprivoiser-les-bruits (Consulté le 18/05/2012).