Construire un corpus de références orienté ambiance

Building a set of ambience-related benchmarks
 
11/12/2008
Edito n°5
Jean-Pierre Péneau
professeur émérite et chercheur associé au CERMA
• emeritus professor and associated researcher Cerma
 

 

En introduction de la session « Représentation » du Colloque de Grenoble, j’avais appelé l’attention sur l’importance du « refaire », souhaitant par là insister sur le rôle des mécanismes référentiels et sur leur pertinence pour le développement d’une projectuelle de l’ambiance.
Faut-il rappeler que le jeu sur la référence n’est en rien la duplication à l’identique de modèles jugés exemplaires ? Il s’agit bien plutôt du schème de la reprise de l’écart, du recours en décalage. La procédure appelle en effet tous les mécanismes de l’analogie, du détournement, voire de la subversion. Les édifices ou les aménagements, sur lesquels prennent appui ces opérations, forment « corpus de référence ». Mais on sait bien que, dans la sphère architecturale, la sélection est marquée par la tyrannie de l’apparence ; par un privilège fort donné au seul registre du visible. Comment la thématique de l’ambiance peut-elle venir se greffer sur une inclination aussi fortement ancrée dans la pratique projectuelle ?
Sans dénier le potentiel plastique des réalisations remarquées et le plus souvent remarquables ainsi valorisées, il convient de les réinterroger et d’examiner la manière dont elles satisfont ou non aux exigences de ce qu’on pourrait appeler : la « qualité ambiantale ». Celle-ci sera mesurée à l’aune des réponses heureuses recueillies dans les différents registres du sensible. L’évaluation de la performance en la matière devrait déboucher sur un choix raisonné de réalisations. Qu’elle porte sur une relecture des œuvres phares ou qu’elle s’intéresse à des réalisations moins connues, elle devrait – de manière idéale – établir un florilège d’objets construits et vécus, conciliant de manière heureuse : qualité plastique, agrément et qualité d’usage.
  As an introduction to the “Representation” session at the conference in Grenoble, I drew attention to the importance of “re-creation”. In doing so, I wanted to emphasise the role of benchmark mechanisms and their relevance for the development of an ambience-based project method.
It should be remembered that the use of benchmarks does not mean creating carbon copies of models deemed to be exemplary. It is more a question of re-using what is different, having recourse to offsets. The procedure draws on all the mechanisms of similarity, conversion, even subversion. The buildings or layouts on which such schemes are based form the “set of benchmarks” but it is well-known, in the architectural field, that selection is subject to the tyranny of appearance, to the importance placed on aspect alone. How can ambience be grafted onto a trend so strongly entrenched in the methodology of projects?
Without denying the plastic potential of the well-known and, in most cases, remarkable buildings enhanced in this way, it is useful to look at them again and reconsider the way in which they satisfy, or fail to satisfy, what we might call “quality ambience”. This will be measured in terms of a happiness response, an appeal to one of the senses. An evaluation of success in this respect should lead to a reasoned choice of buildings but whether the evaluation leads to a reconsideration of flagship buildings or concentrates more on less well-known constructions, it should (ideally at least) establish a range of buildings and experiences that successfully combine plasticity, aesthetics and quality of use.


La construction sélective de ce corpus passe par l’étude fine des édifices et des villes du vaste monde, saisis dans les temporalités passées et présentes. Il y a là nécessité d’une accumulation coordonnée et patiente. Elle ne peut trouver son efficacité et prendre son sens que dans l’effort collectif d’un réseau international. Le réseau sur les ambiances me semble tout désigné pour en organiser le déploiement.
Enfin, on ne saurait trop insister sur la nécessaire dynamique qui doit caractériser l’utilisation d’un tel corpus. Chaque concepteur doit pouvoir prendre vis-à-vis de celui-ci sa marge de distance et d’autonomie. Je tiendrai ici le discours de l’enseignant, soucieux de transmettre un savoir reconnu et partagé, mais donnant aussi les moyens de sa remise en question et de son appropriation personnalisée ; bien persuadé que l’une et l’autre opération sont à la source de toute évolution, de toute innovation et de tout dépassement.

  This set of quality ambiences is created selectively by meticulously studying buildings and towns all over the world, buildings and towns that are anchored in the past and present. This is an accumulation of knowledge, requiring patient, coordinated effort. It can only be effective and meaningful through the collective efforts of an international network and the ambience network seems to me to be the most appropriate way of organising its deployment.
Finally, I cannot over-emphasise the dynamic that should be the main characteristic of the use of such parameters. Designers must be able to distance themselves from the parameters and retain their independence and individualism. At this point, I have put on my teaching hat – I am anxious to pass on recognised, shared knowledge while, at the same time, giving you the means to question received wisdom and take it on board within your own personal expertise because I am convinced that both these undertakings form the basis of all development, innovation and excellence.
 
Référence électronique
Péneau Jean-Pierre. Construire un corpus de références orienté ambiance = Building a set of ambience-related benchmarks. Ambiances.net, Edito n°5, 2008/12/11. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/54-construire-un-corpus-de-references-oriente-ambiance (Consulté le 18/05/2012).