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Did you say « ambiance» ? How to translate a multi-meaning word?
27/01/2009
Edito n°8
Stéphane Tonnelat
• Chargé de recherche CNRS, Laboratoire LOUEST, Paris.
• Researcher CNRS, Laboratoire LOUEST, Paris
Stéphane Tonnelat travaille avec William Kornblum sur une étude ethnographique du métro de New York et avec Michèle Jolé sur une étude des usages et du fonctionnement des jardins parisiens.
Stéphane Tonnelat works with William Kornblum on an ethnographic survey of New York Subway. He also works with Michele Jolé on a research concerning uses within Parisian gardens.
Ambiance, ambience ou atmosphere ? Noha Said et moi-même nous sommes récemment penchés sur la question de la traduction du concept d’ambiance en anglais scientifique. En anglais courant, les trois mots existent et sont synonymes. Dans les sciences sociales et en architecture, ces mots apparaissent de façon sporadique, mais ils ne sont presque jamais définis. Pour Goffman, par exemple, « l’atmosphère » est largement déterminée par des situations formelles et spécifiques comme la conversation : "On sent régner une ambiance émotionnelle particulière, et prévaloir un accord de politesse tel que des participants en désaccord peuvent accepter temporairement de s’entendre sur des questions de faits ou de principes. "
Le seul texte explicite que nous ayons trouvé est l’article d’un architecte, E. White, intitulé "Path, Portal, Place" ( "Allées, Portes, Places") dans lequel les espaces publics urbains sont segmentés en trois composants : le contenant (ou la forme bâtie), l’ambiance (ou l’expérience émotionnelle du lieu) et l’activité (ou la présence et les comportements humains).
De fait, j’ai remarqué au colloque "Faire une ambiance ", organisé l’automne dernier à Grenoble, que les architectes étrangers, ou les enseignants en école d’architecture, n’avaient aucun mal à utiliser les mots ambiance ou atmosphere.
Par contre, les chercheurs en sciences sociales étaient moins présents au colloque et surtout, ils n’utilisaient pas ces mots. C’était d’autant plus intriguant que certaines des méthodes développées par les français pour décrire l’ambiance, comme les parcours commentés, sont très proches de méthodes utilisées par les sciences sociales américaines. Par exemple, la sociologue urbaine Margarethe Kusenbach propose le go-along comme une méthode à mi-chemin entre les entretiens et l’observation participante. Elle défend son utilité pour approfondir la compréhension des relations que les individus construisent avec leur environnement social et spatial. Pourtant, elle n’utilise pas le mot ambiance ou ses équivalents et elle ne recherche pas non plus de récurrences sensorielles comme une première étape vers des éléments de projet architectural et urbain.
Une des différences les plus intéressantes entre les deux approches tient peut-être au fait que les go-along doivent être pratiqués dans des espaces quotidiens où les personnes ont des attachements particuliers qui rendent leur expérience unique, tandis que les parcours commentés semblent plus orientés vers des espaces publics plus anonymes où, grâce a une forme d’étrangéité, les perceptions individuelles peuvent acquérir des caractéristiques communes ou partagées, en partie dues à la disposition spatiale des lieux.
Il y aurait donc deux sens en concurrence : alors qu’en France, l’ambiance décrit plutôt une expérience sensorielle du lieu, aux Etats-Unis, elle tendrait plutôt vers une expérience sociale du lieu. Ne pourrait-on trouver un terrain commun dans une exploration des dimensions sociales des sens?
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Ambiance, ambience, or atmosphere? Noha Said, now a doctoral student at CRESSON, and I have been reflecting on a possible translation of the French concept of « ambiance » into English. In common language, all three words are possible. In the social sciences and in architecture, the words come up sporadically in the writings of a few authors, but they are rarely, if ever, conceptualized. For Goffman, the « atmosphere » is largely defined by a specific formal situation such as the conversation: « A particular ethos or emotional atmosphere is allowed to prevail. A polite accord is typically maintained, and participants who may be in real disagreement with one another give temporary lip service to views that bring them onto agreement on matters of facts and principles.»
The only explicit text that we found, is an article, « Path, Portal, Place » by an architect, E. White, where the public spaces of the city can be segmented into three components: the container (or the built form), the ambiance (or the emotional experience of place), and the activity (human presence and behavior).
Indeed, I noticed at the international conference « Making an atmosphere, » organized last fall in Grenoble, that Anglo-Saxon architects or faculty of schools of architecture were not reluctant to use the words ambiance or atmosphere.
On the other hand, I noticed that there were fewer speakers from the social sciences attending the conference and that they were not using the word ambiance as much. It was all the more intriguing that some of the methods developed by the French Researchers to uncover « ambiances », such as the parcours commentés, are also being used in the American social sciences. For example, urban sociologist Margarethe Kusenbach proposes the « go-along » as a method in between interviews and participant observation to deepen the understanding of the relationships that individuals develop with their social and spatial environment. Not only does she not use the word ambiance or an equivalent, but she is not even looking for sensorial recurrences that would allow some steps toward architectural design.
But one of the more interesting differences between the two methods perhaps lies in the fact that the go-alongs are to be practiced in everyday spaces where people have diverse « place attachments » that contribute to making their experience unique. On the other hand, the parcours commentés may be better suited to more anonymous places, where, because of a form of estrangement, perceptions can acquire more common or shared characteristics, in part determined by the physical layout of space.
So there seems to be two competing meanings: while in France, ambiance describes more of a sensorial experience of place, in the US, it seems to veer towards a more social experience of place. Could common ground be found in an exploration of the social dimensions of the senses?
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REFERENCES
* Goffman Erving. 1974 [1967], Les rites d’interaction, Paris: Editions de Minuit, p. 34. Traduit par Alain Kihm.
* Said Noha. 2008, « Traduire l’ambiance? Un essai de comparaison des vocabulaires scientifiques francais et anglo-saxons », mémoire de master recherche en urbanisme sous la direction de Stéphane Tonnelat, Institut d’Urbanisme de Paris. |
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REFERENCES
* Goffman Erving. 1967, Interaction rituals, New York: Anchor Books, p. 35
* Kusenbach Margarethe. 2003, »Street phenomenology: the go-along as ethnographic research tool », Ethnography, Sage Publications, vol.4, No. 3
* White E. 2007, « Path, Portal, Place » in Carmona M. and Tisdell S. Urban Design Reader, Architectural Press, Elesvier, pp. 185-198 |
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Commentaires
Mikhaïl Iampolski dans un article sur Serge Daney (1) nous dit que pour Minkowski (2), la réalité comme expression de l’objectivité permanente du monde extérieur, se construit sur « des objets solides et immuables qui font le support de ce monde ». À la différence de la réalité, « [l']ambiance enveloppe et pénètre, elle “touche” de très près. L’objectif et le subjectif ne se séparent plus nettement, l’extérieur et l’intérieur non plus. Elle ne comporte point de perception de distance, du fait même qu’elle “touche” de près. Le terme “contact” en témoigne de son côté. Elle relève du vécu et du dynamique. Elle environne, “ambiance”, embrasse et le cas échéant héberge ou heurte ; elle ne connaît point ce qui se situe devant, derrière ou à côté » .
(1) Mikhaïl Iampolski, « La cinéphilie comme esthétique – Notes de lecture sur L’Exercice a été profitable, Monsieur », in Trafic, « Serge Daney – après, avec », n°37, Éditions P.O.L., printemps 2001, p. 94.
(2) Eugène Minkowski, Traité de psychopathologie, Institut Synthélabo, 1999, p. 119 [1ère édition 1966]. Il a développé aussi une très intéressante cosmologie de l’ »être-au-monde » qui s’appuie sur tous les sens qu’il convoque l’un après l’autre. Minkowski Eugène (1999). Vers une cosmologie, Éd. Petite Bibliothèque Payot, [1ère édition 1936].
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