Référence d’ambiances tunisiennes
Tunisian atmospheres reference
 
13/02/2009
Edito n°9
Alia Ben Alyed
enseignante-chercheur ERA / ENAU Tunis
• researcher and assistant-professor ERA/ENAU Tunis
 
La production de Jacques Marmey, figure emblématique de la reconstruction en Tunisie (1943-1955), continue de faire référence, dans l’alliance des codes de la modernité et de la tradition locale. Elle a fait l’objet d’études [Beguin F. 1983, Breïtman M. 1986] qui jusqu’à présent se sont limitées aux seuls aspects morphologiques ou stylistiques.
Un passage au crible de l’ambiance du lycée de Carthage, la plus remarquable de ses réalisations, a révélé des propriétés sensibles, encore ignorées des études en question, qui semblent bien être à l’origine de sa valeur référentielle. Moins bien conservés, la petite école de Porto-Farina (actuel Ghar El Melh, 1945) près de Bizerte, et le contrôle civil de Bizerte-Zarzouna (1946-1950) sur la côte Nord de la Tunisie, figurent parmi ces réalisations dont il serait également intéressant d’interroger l’ambiance.
Habituellement, on attribue la justesse de cette production moderniste dans le contexte local à la présence d’éléments traditionnels comme le mur, l’arc, la voûte ou le claustra. Il est pourtant facile d’admettre que ces éléments ne sont pas une exclusivité tunisienne locale et que leur usage est largement généralisé dans tout le bassin méditerranéen depuis la plus haute antiquité. Par contre, il apparait d’emblée que ces ensembles construits à la fin de la seconde guerre mondiale sont caractérisés par leur ouverture sur l’environnement. Cette ouverture est obtenue par l’insertion des masses bâties dans le paysage (Fig. 2, Fig.4) et l’utilisation de dispositifs aux limites poreuses (Fig. 1, Fig. 3, Fig. 5) : les rampes, les galeries souvent doublées, les préaux supportés par de larges piles en maçonnerie,…, définissent comme dans le lycée de Carthage, des espaces couverts ouverts aux limites complexes, à la fois épaisses et perméables.
  The production of Jacques Marmey, one of the most figures of the reconstruction in Tunisia (1943-1947), constitutes reference, in accordance with modern and local traditional architectural codes. It was the subject of studies [Beguin F. 1983, Breïtman M. 1986] which until now are only limited to morphological or stylistic aspects.
The study of the atmosphere characterization of the “lycée de Carthage”, one of his most important architectural works, revealed sensible proprieties, still ignored by classical investigations, which appeared decisive factor for his value. The small school of Porto-Farina (present Ghar –El –Melh, 1945) near Bizerte and the civil control of Bizerte-Zarzouna (1946-1950) on the north Tunisian coast are less preserved among the realisations that will be interesting to investigate atmosphere.
Usually the pertinence of this modern production in the local context is attributed to the presence of traditional architectural elements like wall, arch, vault or stone railings. But it’s easy to admit that these elements are not exclusively Tunisian, in contrast their use goes back to time immemorial in the entire Mediterranean basin. On the contrary, it is obvious that these elements built at the end of the Second World War are characterized layout. Such opening is obtained by the insertion in landscape (Fig. 2, Fig.4) and use of layout with porous limits (Fig. 1, Fig. 3, Fig. 5): ramp, gallery usually doubled, covered part of playground supported by large masonry (stone work?) pier,…, define, like in the “lycée de Carthage”, covered open spaces with complex limits, both thick and permeable.
Fig.1Fig. 2Fig. 3Fig. 4Fig. 5

Double peau formant écran de l’extérieur, elles dessinent néanmoins des perspectives d’accès spécifique au paysage et à autrui depuis l’intérieur. C’est en jouant essentiellement sur ces « frontières positives » (dirait Kant), que J. Marmey « recrée » une ambiance vécue et compose une architecture à la fois moderne et située. S’accorderait-on à admettre avec Chris Younès que « L’architecture établit des limites et des passages pour configurer un monde alors que l’illimité (en grec l’apeiron) est inhabitable» ?   Quel autre outil que l’ambiance au cœur même de la limite entre l’objet et le sujet, l’individuel et le collectif, le culturel et l’universel, parviendrait à lever le voile sur ces entrelacs ? Dimensions sensibles peu envisageables et peu étudiées par les analyses formelles classiques.   Double skins making up screen outside, they draw specific access perspectives to landscape and others inside. Playing essentially with these “positive frontiers” (will say Kant), J. Marmey creates atmosphere which has been lived trough and composes a both modern and placed architecture. Shall we admit in accordance with Chris Younès that “the architecture establishes limits and crossing to configure a world while the unlimited (apeiron in Greek) is uninhabitable”? Which other tool than atmosphere, which is in the heart of the limit between object and subject, individual and collective, cultural and universal, could lift the veil? Sensible dimensions which are unconceivable by the classical and formal analysis.
 
Référence électronique
Ben Alyed Alia. Référence d'ambiances tunisiennes = Tunisian atmospheres reference. Ambiances.net, Edito n°9, 2009/02/13. [En ligne] http://www.ambiances.net/index.php/fr/editos/58-reference-dambiances-tunisiennes (Consulté le 18/05/2012).