Espace public augmenté, espace public diminué ?

12/01/2011
Colloque
organisé à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes dans le cadre de l'Unité d'Enseignement UE51 "Mais qu'est-ce donc qu'un espace public ?" (resp. Pascal Amphoux)
 
Jeudi 20 janvier, 10h00 – 18h00
Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes Amphi 100
6 Quai François Mitterrand F 44262 NANTES CEDEX 2
 
Table longue


Contexte de l’enseignement
A l'interface entre les théories de l'urbanité et les pratiques de projet, la question des espaces publics apparaît incontournable dans la formation d'architecte. Déontologiquement, on peut considérer que la lutte contre la disparition progressive de l'espace public au profit de l'espace privé, individualisé et aujourd'hui "résidentialisé", relève directement de sa responsabilité. Théoriquement, on peut affirmer qu'une initiation aux principales filiations de pensée qui s'affrontent autour de la définition du mot est un minimum nécessaire pour fonder la manière de projeter l'espace public. Pratiquement, on ne peut que s'étonner devant l'absence de recette possible pour concevoir et générer de l'espace public. Il faut toujours réinventer la façon de faire en fonction d'un contexte singulier.
Telles sont les trois hypothèses qu’un groupe de 67 étudiants a été invité à explorer, à travers le développement concret d’autant de projets d’espaces publics qui, du centre de la ville de Nantes à sa périphérie, s’articulent autour du grand axe Bellamy / route de Rennes.


Argument du colloque
L’espace du projet architectural ou urbain est par nature virtuel : même s’il s’inscrit dans un espace physique où l’on parle matière et mesure, c’est un espace rêvé, imagé, imaginé – révélateur des potentialités d’un site ou d’un programme. Il en est de même de la notion d’espace public : même si elle désigne un espace concret et actuel (la scène physique et matérielle sur laquelle se déroulent les jeux et rituels de la théâtralité urbaine), elle est plus fondamentalement définie comme un espace abstrait et virtuel (la sphère médiatique et immatérielle du débat et de la discussion de la ”chose publique”).
Ce n’est donc pas à l’opposition du réel et du virtuel que l’on s’intéressera mais aux nouveaux modes d’hybridation que les technologies de communication, de simulation ou d’immersion permettent d’établir entre l’espace physique et l’espace imaginaire, entre l’analyse et le projet, entre la scène publique et le débat public.
Comment articuler désormais les situations de face à face et de téléprésence avec l’autre ? Comment hybrider les modalités de perception et d’interaction avec son environnement ? Comment enchevêtrer la conception de configurations spatiales et le récit des usages ?... Et quelles conséquences cela peut-il avoir sur la manière de projeter l’espace public de demain ? Autrement dit : comment l’espace public peut-il être ”augmenté” (au sens où un usage adéquat des nouvelles technologies permettrait d’en accroître le ”degré de publicité”) ou au contraire comment risque-t-il d’être ”diminué” (au sens où d’autres usages en feraient perdre les qualités ou caractéristiques essentielles) ? C’est à explorer de telles questions que sera consacrée la journée.


Programme
10.00. Présentation. Introduction

10.15-10.45
Julieta Leite
, Architecte et urbaniste, docteur en sociologie, Paris
Espace public hybride ,
Un panorama d’expériences socio-spatiales inédites
La question de « l'espace public hybride » sera examinée à partir d’un corpus de 150 analyses de cas d’usage des technologies de l’information et de communication dans la ville, qui couvrent une palette de situations contrastées de réalité hybride. La question de l’augmentation ou de la diminution de l’« espace public » sera posée selon deux entrées privilégiées :
·       celle des configurations spatiales, qui privilégie le point de vue de l'architecte et de l’urbaniste ;
·       et celle des pratiques sociales, qui privilégie celui du sociologue et de l’artiste.

10.45-11.15
Gwenola Wagon
. Artiste ENSAD, maître de conf. Paris 8, Labo Esthétique des Nouveaux Médias (EdNM)
Réalités augmentée, histoires d’artiste
L’histoire de la réalité augmentée est jalonnée d’œuvres artistiques qui, par l’anecdote, anticipent les mondes persistants en interrogeant les représentations géolocalisées du territoire.
Dans ExistenZ de David Cronenberg, la réalité est en concurrence avec ses représentations. Elle se dédouble en mondes parallèles dans Le Monde inverti de Christopher Priest. Elle se modifie dans Ubik de Philippe K. Dick et dans le Neuromancien de William Gibson. Enfin elle se démasque, avec des lunettes, dans Invasion Los Angeles de John Carpenter. Ces œuvres ont une très grande influence dans la création de dispositifs de ladite « réalité augmentée ». Ainsi le territoire revêt-il des couches informationnelles, à la manière d’un cyberspace de science-fiction – le voyage dans des strates plus ou moins réalistes correspondant à différentes temporalités.
Potential City est un dispositif qui s’infiltre directement sur les lieux comme autant de calques ajoutés au territoire. Il s’insinue par les réseaux disponibles (Gsm, Wifi, Gps…). Les projets réalisés avec ce dispositif se découvrent directement dans le site réel dont il est issu comme autant de couches supplémentaires qui servent à extrapoler quelque chose du lieu.

11.15-12.15. Débat

 
Pause. Repas.
 
14.00-14.30.
Caroline de Francqueville
, Urbaniste, Groupe Chronos, Paris
Une autre ville au-dessus des rues,
La puissance du public face à la puissance publique
Il existe une autre ville au-dessus des rues. Une ville de réseaux (Wifi, 3G, bluetooth, NFC, etc), de conversations et de données, émises par les systèmes et par les usagers.
Que produit cette ville ? Que change-t-elle ? Et pourquoi ? Ces questions s'imposent progressivement dans l'agenda des villes et des territoires. L'aire numérique redistribue les cartes des gouvernances et renforce le rôle du citadin dans la maîtrise des ressources urbaines.
Mais, pour que cette donne nouvelle soit intégrée dans les projets urbains, de nouveaux dialogues sont à instaurer et les praticiens de l'urbain doivent être en mesure de se représenter l'architecture invisible du territoire.

14.30-15.00
Claire Petetin
, architecte Dplg, et maître assistante à l’ENSAP Bordeaux
Drones et vibrations urbaines dans l'espace public, Deux espaces de jeu expérimentaux
Le studio Labomestique développe, par le recours aux nouvelles technologies et aux interfaces de communication, une démarche d’expérimentation sur l’espace et sa représentation. A travers des actions urbaines et des installations, le travail du studio interroge les liens sensibles entre l’espace public et sa perception.
 UrbanXgame 01 / Vibrations urbaines consiste en une interface de jeu 3D multi-utilisateurs, qui permet la construction et la visualisation d’environnements urbains élaborés à partir d’objets et de signes appartenant à la sphère privée. Dans un espace sans contours, chaque joueur crée une trajectoire personnelle en combinant actions, ambiances, fonctions, objets, …, tous représentés sur l’interface par des pictogrammes. Chaque trajectoire individuelle prend place au milieu des autres, pour générer ensuite, de manière collective, des variations de cartographies urbaines qui s'élaborent par hybridation d'histoires particulières.
 UrbanXgame 02 / Drone 0.2 propose la création d’un jeu de rôle multi-utilisateurs dans l’espace public. Basé sur le pilotage de drones radiocommandés et équipés d’un système de captation géo-localisée, le jeu donne la possibilité au public d’approcher des espaces que le corps ne peut ni pratiquer ni percevoir, et permet de générer en temps réel des représentations collectives fluctuantes de ces espaces. (Workshop EnsaBx)

15.00-16.00. Débat

16.30-17.00
Jean-Jacques Terrin
, architecte et ingénieur, directeur du LéaV, ENSA Versailles
IPCity, Un dispositif de visualisation et de débat public ?
IPCity est un projet de recherche financé par le 6e PCRD de l’Union Européenne dont l’objectif est d’explorer les conditions dans lesquelles les technologies de réalité mixte (MR) peuvent être utilisées dans des environnements urbains. La contribution de l’équipe française à ce projet a consisté à participer avec les laboratoires d’informatique aux spécifications de ces outils, et notamment à les interroger dans leur capacité à représenter une situation urbaine, puis à vérifier leur pertinence au travers d’expérimentations en vraie grandeur, et enfin de conclure cette recherche par une réflexion sur les représentations urbaines engendrées par la fusion du monde réel et du virtuel que ces technologies sollicitent.

17.00-18.00. Débat et table ronde finale
 
Référence électronique
ENSA de Nantes. Espace public augmenté, espace public diminué ? [en ligne]. Nantes (France), 2011/01/12. Sélectionné par Ambiances.net, http://www.ambiances.net/