Réseau International Ambiances | International Ambiances Network 

CNRS GDRI Ambiances en traduction | Translating Ambiances



Ambiances en traduction


Ce Groupement de Recherche International du CNRS (GDRI) a été créé à l'initiative du Réseau International Ambiances et propose d’explorer la problématique des ambiances en traduction. Le mot « traduction » doit être compris ici au sens large du terme, non réduit à une dénotation strictement linguistique, même si ce plan est bien évidemment présent et partie constitutive du projet. En mettant l’accent sur la traduction, il s’agit à la fois de reconnaître la pluralité des versions et modes d’accès aux ambiances, de mettre au travail la notion d’ambiance en l’inscrivant dans un dispositif collaboratif, et d’approcher la thématique des ambiances architecturales et urbaines en s’intéressant aux écarts et déplacements qu’elle convoque.

Mais encore, en thématisant l’ambiance en termes de traduction, nous affirmons un triple positionnement :
  • Nous nous situons au croisement des mondes scientifiques, opérationnels et artistiques. Les traductions qui seront entreprises dans le projet s’appuieront sur les acquis de savoirs, méthodes et ressources issus de ces trois mondes.
  • La posture générale adoptée peut être définie de pragmatiste. C’est au moyen d’expérimentations que nous souhaitons travailler sur les ambiances, en nous intéressant aux effets produits, conséquences et circulations d’une telle notion.
  • La problématique de la traduction fonctionne à la fois comme une entrée dans la thématique des ambiances et comme un principe du travail collaboratif à entreprendre. Le dispositif méthodologique retenu consistera précisément à se « mettre en traduction ».

Cette entrée par la « traduction » peut être déclinée selon quatre plans :

Traduction linguistique : clarification de la notion d’ambiance

Cette première modalité de traduction consiste à rechercher des équivalents dans d’autres langues au terme français d’ambiance. De toute évidence il n’existe pas de mot exactement identique à celui-ci en anglais, en italien, en danois ou encore en portugais... En procédant au travail de traduction, il s’agit ici de faire jouer l’écart entre les cultures et mettre au travail l’« hospitalité langagière » telle qu’en parle Paul Ricœur. Cette mise à l’épreuve de la langue étrangère suppose donc d’abandonner la fiction d’une traduction parfaite et littérale pour lui préférer une entreprise de reformulations successives. En cherchant des équivalents et en s’interrogeant sur la meilleure version possible, c’est à chaque fois un nouveau champ sémantique qui s’ouvre, une nouvelle manière de découper le réel qui apparaît, nécessitant de clarifier autant que possible les acceptions du terme « ambiance » et révélant par là même les potentialités et limites du mot français. En bref, le passage par la traduction linguistique devient un moyen heuristique de déconstruire cette notion, de mettre en évidence ce qu’elle contient d’implicite, de faire apparaître des ressources jusqu’alors inexplorées et d’ouvrir son aire de signification. Il s’agit donc ici de tenter de faire œuvre de clarification.

Traduction disciplinaire : exploration de passerelles scientifiques

Cette deuxième modalité de traduction consiste à construire les conditions d’un échange et d’un apport mutuel entre des champs disciplinaires distincts et pourtant tout aussi partie prenante de la thématique des ambiances. C’est ainsi que l’on peut se demander comment des modèles d’intelligibilité, des méthodes ou des écritures aussi différentes que celles issues de l’anthropologie sensible, de la modélisation informatique, de l’architecture, des études urbaines, de la physique appliquée ou encore du monde de l’art, peuvent chercher à s’entendre, à se rencontrer, voire à s’hybrider et à entrer dans un dialogue fécond autour du monde sensible. Ici, la notion interdisciplinaire d’effet sonore telle que développée au sein du laboratoire CRESSON peut sans doute servir de guide ou de référence pour mettre en place les conditions de ce dialogue. Cependant, il s’agira moins de chercher à construire ensemble un outil interdisciplinaire unique et achevé que d’explorer plus modestement divers ponts, terrains d’entente, et transversalités entre les démarches convoquées.

Traduction sensorielle : expérimentation d’expressions multimodales

Cette troisième modalité de traduction consiste à expérimenter des passages entre les sens. Un des points aveugles de la notion d’ambiance concerne la question de la plurisensorialité, mieux encore de l’intersensorialité in situ. De nombreux travaux ont été développés qui mettent l’accent sur une modalité sensible particulière : la lumière, le son, l’odeur, la chaleur... On peut alors se demander comment s’opère la relation entre diverses modalités sensorielles aussi bien en termes d’expérience habitante que de conception, comment une modalité est susceptible de s’articuler ou d’entrer en résonance avec une autre. Le lien audio-visuel est bien sûr celui qui vient le plus immédiatement à l’esprit (avec les ressources issues du cinéma en particulier) et il sera bien évidemment mobilisé. Mais nous ne souhaitons pas pour autant nous limiter au rapport image/son. D’autres modalités sensorielles toutes aussi importantes en termes d’ambiance seront considérées (odeur, chaleur par exemple), qui mettent à l’épreuve les moyens mêmes dont nous disposons pour les exprimer ou les représenter. Le monde de l’art devrait jouer un rôle important à cet égard.

Traduction professionnelle : prospection de modes opératoires

Cette quatrième modalité de traduction questionne les passages et les circulations possibles entre le monde de la recherche et celui de la conception architecturale et urbaine. Comment les divers acteurs en charge de la conception et de l’aménagement de l’espace se saisissent-ils du domaine des ambiances ? Quels sont les outils, les transferts, et les processus mobilisés pour rendre opératoire la notion d’ambiance dans de tels cadres professionnels ?

Il s’agit de se demander comment le domaine des ambiances se transforme et s’hybride dès lors qu’il est mis à l’épreuve de pratiques de conception et d’enjeux d’aménagement. Le propos consistera ici à s’appuyer sur l’expérience de chaque équipe pour mettre en perspective les divers contextes, pertinences et usages de la notion d’ambiance. Ce plan de traduction sera délibérément orienté vers une démarche prospective, à la recherche de nouveaux modes opératoires en matière de design.

Ces quatre niveaux de traduction sont au cœur du projet. En se situant entre les langues, entre les disciplines, entre les sens et entre les activités, nous mettons en place un dispositif d’enquête (au sens fort du terme) apte à intégrer la complexité du domaine des ambiances et la diversité scientifique et culturelle des équipes.

En nous orientant vers des opérations de clarification, d’exploration, d’expérimentation et de prospection, nous évaluons la possibilité d’une posture pragmatiste en matière d’ambiances. A cet égard, il s’agit moins de faire état d’un savoir constitué ou de s’arrêter à un modèle d’intelligibilité de l’ambiance que de mettre à l’épreuve un domaine de recherche et d’action en train de se faire.

 

Translating Ambiances


This CNRS International Research Group (GDRI) was initiated by the International Ambiances Network to explore the issue of ambiances in translation. The word ‘translation’ should be taken in the broad sense of the term, and not reduced to a strictly language-based meaning, though this aspect is obviously present in the project, indeed a key component. By putting the accent on translation, our purpose is to acknowledge the plurality of versions of and means of access to ambiances, to bring into play the notion of ambiance by situating it in a collaborative process; and to address the topic of architectural and urban ambiances by looking at the disparities and shifts this topic involves.

Furthermore, by investigating ambiances in terms of translation, we draw together several strands:
  • We stand at the meeting point of science, enterprise and art. The translations carried out as part of the project will draw on learning, methods and resources from these three worlds.
  • Overall we propose to adopt a pragmatic posture. We intend to use experimentation in our work on ambiance, focusing on the effects produced, the consequences and movements of this notion.
  • The translation problématique serves as both a point of entry to the topic of ambiances and as a collaborative working principle for our inquiry. With regard to methodology our approach will involve ‘putting ourselves in translation’.

The idea of using ‘translation’ as a point of entry may be developed in four ways:

Translation in terms of language: clarifying the concept of ambiance

The first form of translation consists in looking for words in other languages equivalent to the French term ‘ambiance’. Obviously there is no exact equivalent for the word in English, Italian, Danish or Portuguese. So any translation work must focus on the differences between cultures and bring into play the ‘linguistic hospitality’ advocated by Paul Ricoeur. Putting the foreign language to the test in this way therefore means giving up the pretence of a perfect, literal translation, and adopting in its place a series of reformulations. In looking for equivalents and wondering which is the best possible version, a new semantic field opens on each occasion, revealing new ways of dividing up reality, while requiring us to clarify as much as possible our understanding of the term ambiance, which in turn reveals the potential and limits of the French word. In short language translation turns into a heuristic means of deconstructing the concept, of highlighting its implicit content, but also uncovering as yet unexplored resources and broadening the scope of its meaning. In short, our purpose here is to achieve greater clarity.

Translation in terms of discipline: exploring scientific bridges

The second form of translation involves creating the conditions for exchange and contribution between separate disciplines, which nevertheless have a stake in the matter of ambiance. We may legitimately ask how models of understanding, methods and styles of writing as different as those associated with sensory anthropology, computer modelling, architecture, urban studies, applied physics or indeed fine art, can try to agree and meet, perhaps even cross-breed and engage in fruitful dialogue on the sensory world. Here the interdisciplinary concept of a sound effect, as developed by Cresson, may certainly serve as a guideline or benchmark for establishing the conditions for such dialogue. However, our purpose is not so much to attempt, collectively, to build a single, definitive interdisciplinary tool as to explore more modestly various bridges, areas of agreement and transverse commonalities between the various approaches involved.

Translation in terms of the senses: experimenting multimodal forms of expression

Our third form of translation consists in building experimental bridges between senses. One of the blind spots of the ambiances concept hinges on the question of plurisensoriality, or better still of in situ intersensoriality. A great deal of work has been done focusing on one specific sensory modality: light, sound, smell or heat. So there is every reason to ask how the relation between various sensory modalities works, both in terms of inhabiting experience and of design, how one modality can link up or resonate with another. The audio-visual link is of course the one that first comes to mind (with resources derived from cinema in particular) and it will obviously be used. But we would rather not restrict ourselves to just the relation between images and sounds. We shall consider other sensory modalities, such as odour or heat, which are equally important to ambiance and test the resources at our disposal to express or represent them. In this respect the art world should play an important part.

Translation in professional terms: in quest of modus operandi

The fourth form of translation aims to investigate the scope for exchange and circulation between the world of research and that of architecture and planning. How do the various players tasked with designing and developing private and public space grasp the field of ambiance. What tools, transfers and processes are brought into play to make the ambiance concept operational in a professional framework?

The aim here is to look at how the field of ambiances is transformed and hybridized as soon as it comes into contact with design practice and development constraints. We shall draw on the experience of each team to put into perspective the various contexts, applications and uses of the ambiance concept. This form of translation will deliberately focus on a forward-looking approach, in search of new modus operandi for design.

The four levels of translation are central to the project. By placing ourselves between languages, disciplines, senses and activities we can set up a process of investigation (in the strongest sense of the term) capable of taking account of the complexity of the field of ambiances, and of the scientific and cultural diversity of the teams involved.

By focusing on operations designed to clarify, explore, experiment and look to the future, we can assess the possibility of a pragmatist attitude to ambiances. In this respect our purpose is not so much to take stock of existing learning or to stop at a single model for making sense of ambiance, but rather to put to the test a field of research and action that is in the process of taking shape.



Scientific Officers:

  • Jean-Paul Thibaud, CRESSON, Graduate School of Architecture of Grenoble | International Ambiances Network
  • Daniel Siret, CERMA, Graduate School of Architecture of Nantes | International Ambiances Network

Support:

  • French National Center for Scientific Research (CNRS)
  • Graduate School of Architecture of Nantes (ENSAN)
  • Graduate School of Architecture of Grenoble (ENSAG)
  • French Ministry of Culture and Communication (BRAUP)